Publié le 12/12/2018 à 17:49

En Fête et en français

«En 2015, il fallait aller chercher les artistes qui s’expriment en français. Là, les programmateurs sont davantage stimulés et sollicités. J’attribue cela en partie aux exemples de Christine and The Queens et à Stromae, qui ont donné envie aux jeune.»

 

Le Festival Voix de Fête, qui se déroulera à Genève du 19 au 23 mars 2019, se présente avec un coup de jeune. Les programmateurs Priscille Alber et Guillaume Noyé se réjouissent d’une baisse de l’âge moyen des artistes de cette 21ème édition, signe qu’une nouvelle génération s’affine et s’affirme, à l’instar d’Hoshi ou de Georgio. L’âge ne nous dit rien du talent – avant les artistes, les programmateurs s’en sont chargés, en conférence de presse, avec des étoiles dans les yeux –, mais il témoigne d’un nouvel élan pour l’expression française, dans un foisonnement de genres. Car il sera question, de chanson, de pop, de rap, de rock, de reggae et de tous les métissages tout au long de la semaine de festival.

L’esprit de Voix de Fête soufflera dans quatre salles genevoises (et dans une chambre d’hôtel!), dans des programmes payants, mais aussi gratuits – notamment vendredi et samedi après-midi. Sans oublier le réseau d’une quinzaine de Bars en Fêtes, festival off qui permet aux artistes de jouer – rétribution au chapeau – dans les cafés partenaires. Tout est fait pour que le printemps débute chaudement.

 

Voix de Fête met sur scène un grand nombre d’artistes romands. Voyez-vous émerger de nouvelles fortes personnalités?

Priscille Alber: Phanee de Pool (22 mars, Casino Théâtre) et son mélange de slam et de rap, ainsi que Les Petits Chanteurs à la Gueule de Bois (23 mars, Casino Théâtre) et leur répertoire érotico-paillard, sont des artistes qui ont une vraie présence et qui sont désormais connus du public romand. Ils arrivent à maturité, et cela nous fait vraiment plaisir de pouvoir les programmer en tête d’affiche au Casino Théâtre. C’est aussi la première fois depuis mes débuts en 2010 que nous pouvons placer autant de Romands sur des grandes scènes.

 

D’une manière générale, dans quelle mesure prenez-vous des risques avec vos têtes d’affiches?

Guillaume Noyé: Le risque est toujours là, car nous programmons des artistes souvent émergents ou connus des amateurs, mais moins d’un public généraliste – nous l’avons encore vérifié dans le regard des journalistes au cours de la conférence de presse! Les têtes d’affiche sont parfois des artistes qui se sont révélés sur scène l’année dernière. Dans de tels cas, il y a parfois de gros coups de poker. Et de belles réussites.

P.A.: Nous avions vu Hoshi (23 mars, Salle communale de Plainpalais, Grande Scène) à Rock Oz'Arènes l’été dernier. Depuis, elle est passée sur toutes les radios en France, et cela va encore sans doute monter d’ici le festival.

 

La formule de «Musiques actuelles en français» recouvre des genres et des publics très différents. Souhaitez-vous les fédérer?

G.N.: Nous avons à cœur de proposer des affiches qui ont une couleur et un public. Nous voulons que la personne qui achète un billet s’y retrouve tout au long de la soirée. Mais cela n’interdit pas que différentes sensibilités artistiques soient représentées. Nous ne voulons donc pas imposer de grands écarts sur le programme d’une soirée. Mais nous invitons le public à se balader, à aller aux concerts gratuits. Favoriser les découvertes est dans l’ADN de Voix de Fête.

P.A.: La soirée hip-hop est un bon exemple. Les jeunes qui prennent un billet n’écoutent souvent que ça. Mais nous pouvons leur proposer des genres de hip-hop qui leur sont moins familiers. L’année dernière, certains ont été surpris en début de soirée par un rappeur accompagné par un piano. Mais ils ont aimé. Le genre se diversifie beaucoup depuis quelques années, il y a des rappeurs bobos, androgynes, d’autres qui adorent Brel et qui l’amènent dans leur bagage.

 

 

Vous annoncez une cinquantaine de concerts à l’affiche du festival «In». Lors de la conférence de presse, vous avez souvent évoqué des artistes qui proposent des univers visuels, des atmosphères particulières. Est-ce une nouvelle tendance?

G.N.: Certains se présentent avec davantage qu’un visuel ou un spectacle, il faut parler de concept. Les premiers qui me viennent à l’esprit sont Alexis HK (19 mars, Alhambra) ou Arthur Ely (23 mars, Guinguette). C’est un art un peu total qui englobe le son, la mise en scène, l’habillement, la gestuelle et jusqu’à la manière de s’exprimer en interview. Ce sont les héritiers de ce qu’a magnifiquement fait Stromae. Cela n’implique pas forcément une grosse production, cela peut aller de pair avec un accompagnement minimal, juste un musicien ou un beatmaker.

P.A.: A l’opposé, même débutants, des artistes de hip-hop se déplacent avec des lumières de ouf! Un technicien me disait que selon la scène, cela devenait compliqué!

 

 

Vous organisez deux tremplins, La Lentille et French Mon Amour, tout au long de l’année. Des artistes à l’affiche de Voix de Fête sont-ils passés par là?

P.A.: Dibby Sounds (22 mars, Guinguette) est passé à La Lentille l’année dernière, Les Fils du Facteur (20 mars, Alhambra) il y a deux ans. Et Sandor (23 mars, Grande Scène) était à French Mon Amour en 2017. Les deux événements bénéficient d’un gros engouement, plutôt hip-hop pour La Lentille, plutôt pop, rock et chanson pour French Mon Amour.

 

Un engouement? Plus de jeunes veulent monter sur scène et s’exprimer en français?

G.N.: En 2015, il fallait davantage aller chercher les artistes. Là, il y a de nouvelles propositions en permanence, les programmateurs sont bien davantage stimulés et sollicités. J’attribue cela en partie aux exemples de Christine and The Queens et à Stromae, qui ont donné envie aux jeunes de s’exprimer en français.

P.A.: June Milo (23 mars, Théâtre Pitoëf) ne chantait qu’en anglais. Elle me disait qu’elle aimait tellement Brel et Brassens qu’elle n’osait pas le faire en français. Elle a franchi le pas avec son nouvel album. Il y a clairement un nouvel élan.

 

Propos recueillis par Vincent Borcard

 

21ème Festival Voix de Fête, du 19 au 23 mars 2019 à la Salle communale de Plainpalais (3 scènes), au Casino Théâtre, au Chat Noir, à l’Alhambra et à l’Hôtel Ibis Styles. Avec notamment Georgio, Hoshi, Alexis HK, Bertrand Belin, Phanee de Pool, Ryon, June Milo, Les Petits Chanteurs à la Gueule de Bois, La Pietà et une quarantaine d’autres artistes.

Programme complet, informations et réservations sur le site du festival www.voixdefete.com

Comédie Perdre Son Sac