Publié le 12/10/2018 à 19:29

EF_Femininity: débat de genre au Grütli

«Il faut absolument être confiant en sa réalité personnelle, la défendre et la partager avec le monde.»

 

Enfants, ils se rêvaient filles. Les chorégraphes suisses Marcel Schwald et Chris Leuenberger présentent EF_Femininity les 15 et 16 octobre au Grütli, Centre de production et de diffusion des Arts vivants à Genève. Après la production Kreutzberg (2015), qui traitait notamment de l'homosexualité pendant la Seconde Guerre mondiale, ils sont partis en Inde, où les genres ont une longue histoire au-delà du code binaire, à la rencontre de trois activistes pour la reconnaissance de leur propre féminité: la journaliste Shilok Mukkati, l’artiste performeuse Living Smile Vidya et la chorégraphe Diya Naidu.

Dans EF_Femininity, créé en avril dernier à la Dampfzentrale à Bern, danse, approches biographiques et documentaires questionnent les termes de féminité, hyperféminité et effémination avec humour et émotion.

 

Que signifie le titre EF_Feminity?

M. S.: En français, comme en anglais et en allemand, il existe le mot effémination, qui veut dire «féminiser» mais dont la connotation est péjorative. Pour ce spectacle, nous nous sommes servis de cette expression en nous l’appropriant positivement. Pourquoi serait-il de moindre valeur que d’aspirer à cette féminité, cette ef_femini(ni)té? Pourquoi ne pas vivre et célébrer cette facette de féminité – et par la même occasion, se solidariser avec toutes autres sortes de féminités qui existent ou existeront dans le futur? Et pourquoi ne pas inventer encore plus de termes, comme par exemple la "mascu féminité", pour tenter d’expliquer ce que l'on ressent à l’intérieur de soi?

 

A l’heure où la plupart des gens, disons hétéronormés, se noient justement dans l’étendue des termes qui ont trait à la sexualité aujourd’hui (LGBTQIA,cis, etc), de quelle féminité avez-vous choisi de parler?

M. S.: Nous parlons d’une variété de féminités, et les incarnons: la féminité butch (qui se présente et s'habille de la même manière que le sexe opposé au sien), l’hyperféminité, la féministe, la diva, la femme discriminée, la femme trans et sa lutte, le classisme féministe, l’artiste non-blanche, le garçon rêvant d’être femme et la liste pourrait continuer. Au-delà de la différenciation qu’opèrent ces termes, un sujet essentiel, notre pièce montre surtout que ce n’est vraiment pas si compliqué qu’il n'y paraît, lorsqu’on s’adresse au cœur.

 

Le spectacle a été élaboré d’après vos propres expériences (et celles de vos collaborateurs). Quel est votre premier souvenir de la féminité que vous avez sentie être vôtre?

M. S.: Celui de la fée Amalka, une figure de fantaisie slovaque.

C. L.: Difficile de le discerner exactement mais je pense que je ressentais dans l’expérience féminine, que j’observais et que je commençais à imiter, un naturel et un plaisir de s’exprimer, d’écouter, de partager et de prendre le temps. Je me souviens d’avoir écouté de longues conversations de ma grand-mère au téléphone. J’entendais seulement ce qu’elle disait – souvent que des soupirs ou des sons d’empathie ou d’affirmation –, alors que les phrases de son interlocuteur, je me les imaginais. Je devinais que les femmes avaient un droit au mystère et à la beauté que les hommes ignoraient.

 

 

Quelle rôle la danse a-t-elle eu dans la construction de votre être?

C. L.: Pour moi, la danse a toujours été un moyen de rêver et sentir dans mon corps et dans mon âme un potentiel et une réalité plus riche et sensuelle que celle que je retrouvais dans la ferme et dans le milieu où je grandissais. Enfant déjà, j’inventais des chorégraphies sur la musique de Madonna ou Kylie Minogue que je présentais à ma mère et à ma grand-mère.

 

Vous dites avoir trouvé l’impulsion de réaliser ce projet à Bangalore en Inde. Cela signifie-t-il que vous éprouviez des difficultés auparavant, en Suisse?

C. L.: Oui. Quelques années plus tôt, Marcel et moi voulions créer un spectacle à partir de notre expérience partagée d’avoir joué aux Barbies étant enfants. Mais tous les programmateurs suisses que l’on approchait avec cette idée se sont montrés très sceptiques.

 

Parlez-nous des artistes indiennes Shilok Mukkati, Living Smile Vidya et Diya Naidu qui seront sur scène avec Chris et de ce qu’elles vous ont apporté personnellement.

C. L.: Shilok, Smiley et Diya ont des personnalités très fortes qui nous ont été d’une grande richesse, tant par leurs points de vue étonnants, que par les subtilités qui concernent le regard et la réflexion sur l’expérience féminine. Toutes viennent des couches sociales les plus diverses, et nous n’étions pas sûrs que l'on allait se comprendre. L’humour nous a aidé à surmonter des difficultés et des malentendus culturels.

Chacune d’elles m’a enseigné d’une manière unique qu’il faut absolument être confiant en sa réalité personnelle, qu’il faut la défendre et la partager avec le monde.

 

Quels espoirs fondez-vous sur le débat de la définition du genre qui s’est ouvert ces dernières années en Europe? Sont-ils différents de ceux de Shilok Mukkati, Living Smile Vidya et Diya Naidu?

M. S.: Je ne peux pas parler pour mes collègues, mais le mardi 16 octobre, après la représentation, nous pourrions en parler tous ensemble, avec grand plaisir! Pour moi, le dialogue direct est vraiment la meilleure façon d’apprendre plus l’un de l’autre. Discuter et se respecter en live.

 

Propos recueillis par Alexandra Budde

 

EF_Femininity, une pièce de Marcel Schwald et Chris Leuenberger à découvrir les 15 et 16 octobre 2018 au Grütli, Centre de production et de diffusion des Arts vivants à Genève.

Renseignements et réservations au +41.22.888.44.88 ou sur le site www.grutli.ch

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