Publié le 10/04/2019 à 15:32

Dix jours et dix soirs de contes à Plan-les-Ouates

«On croit toujours que les contes et les récits sont totalement décalés de la vie contemporaine. Pas du tout. Les artistes vivent aujourd’hui, et il est normal que la question du genre tienne une place parmi les créations.»

 

Du 3 au 12 mai 2019, La Cour des Contes essaime à Plan-les-Ouates. Contes pour petits et tout-petits, épopées pour les grands, récits pour adultes: une trentaine de conteurs et de compagnies professionnelles participent cette année à la manifestation. Une cinquantaine de représentations sont au programme. A La Julienne et dans une dizaine de salles et de lieux de Plan-les-Ouates, et aussi un peu à Carouge, Lancy, Saint-Julien et Genève.

Le Festival La Cour des Contes se place aussi au carrefour des imaginaires, lieu de rencontres de légendes séculaires (Les Mille et Une Nuits, Gilgamesh, Mamé Àlan) et d’illustrations contemporaines – plusieurs créations abordent la thématique du genre. Il invite au voyage dans les mers du Sud autant qu’aux mystères des pays romands. Le festival propose quelques spectacles gratuits, des animations, des ateliers et de multiples invitations à découvrir l’univers du conte. Le programmateur de la manifestation, Pascal Mabut propose quelques pistes.

 

De grandes légendes sont présentes cette année. Avec notamment Les Mille et Une Nuits et Gilgamesh.

Nous avons toujours présenté deux pôles de programmation avec autant des contes traditionnels que des récits contemporains. Une des particularités cette année est que nous proposons Les Mille et Une Nuits pratiquement sous forme de feuilleton, avec un épisode en début de soirée (le 5 mai à 17h, les 6, 8, 9 et 10 mai à 18h).

Gilgamesh (Sacré chœur de Gilgamesh, ve 10, 21h15), la première histoire (connue) de l’humanité, a été placée en binôme avec Kohlhaas (ve 10, 19h15). Il y a un parallèle entre les deux héros qui cherchent l’absolu, et qui peuvent se montrer très violents. Le premier gagne en sagesse au fil de ses aventures. Le second, au contraire, victime d’une injustice, se laisse emporter par la colère et la vengeance.

 

Quand on prépare un festival de contes, les épopées s’imposent-elles naturellement?

Sans doute. Mais c’est aussi l’occasion d’en découvrir d'autres, moins connues du public que L’Odyssée ou Les Mille et Une Nuits. Cette année par exemple, L’histoire merveilleuse de Mamé Alàn (dimanche 5, 19h), une épopée kurde du XIVe siècle contée par Jihad Darwiche.

 

 

Vous pratiquez cette année le regroupement familial, puisque Jihad Darwiche vient accompagné de ses filles Layla et Najoua.

Layla, également conteuse, racontera justement Les Mille et Une Nuits. Najoua propose une réflexion plus personnelle sur l’histoire de sa famille, et son départ du Liban en 1982 (Point de fuite, vendredi 3 mai, 21h15). Inviter les trois était aussi l’occasion de leur proposer de préparer quelque chose ensemble, ce sera Les Darwiche Conteurs (samedi 4 mai, 21h).

 

Plusieurs spectacles reprennent le thème, très porté par l’actualité, du genre. Elle et mon genre, Jetuil Nouvouzel…

On croit toujours que les contes et les récits sont totalement décalés de la vie contemporaine. Pas du tout. Les artistes vivent aujourd’hui, et il est normal que la question du genre, une vraie question d’actualité, tienne une place parmi les créations. Je ne dirais pas que c’est émergent, car j’ai toujours vu des spectacles qui abordait cette thématique. Mais c’est davantage visible. J’aime bien aussi Maintenant que je sais (mecredi 8 et jeudi 9, 19h30) qui raconte l’histoire d’une femme qui pensait partir faire du journalisme au Brésil, mais qui découvre – dans les années 80– une dictature. Le récit est une transposition d’une histoire qui s’est déroulée dans un autre pays. L’important est que la narratrice pensait s’immerger dans une société de loisirs, et qu’elle doit s’adapter à une réalité politique, qui l’amène à prendre des décisions courageuses… et à devenir héroïne. Sur un mode très différent, Femmes Pirates (jeudi 9, 20h) conte, à partir d’histoires vraies, deux aventurières des mers aux XVIIIe siècle.

 

L’aventure peut aussi se matérialiser beaucoup plus près, par exemple en Valais et dans le Jura, avec Odyssée singulière (dimanche 12 mai, 15h).

Il me serait difficile de beaucoup parler d’un spectacle encore en voie de finalisation. C’est un projet commun de deux conteuses, l’une jurassienne, l’autre valaisanne, chacune attachée à sa région. Nous pouvons ainsi soutenir des spectacles en décidant de les programmer sur la base d’un projet. Nous essayons aussi d’en coproduire, cela fait partie de notre mission en faveur de la création, et du soutien aux artistes.

 

Le conte est aussi (ou surtout) sujet d’émerveillement pour les jeunes et les plus jeunes. Parmi une offre «bambino» très riche, pouvez-vous en mentionner un?

Il m’est très difficile de choisir. Mais pour les tout-petits, je pense spontanément au Réveil Maman (samedi 4 mai, 10h30 et 15h30), qui raconte l’histoire d’un petit garçon que sa maman réveille pour aller à l’école, et qui chaque fois se rendort et fait un nouveau rêve. L’histoire et son traitement me semble à même de toucher toute la famille.

 

 

Car qui dit contes pour tout-petits, dit familles.

Oui, nous programmons ces spectacles dans une salle qui peut accueillir au maximum une cinquantaine de personnes. Il y a des coussins, tout est fait pour que les familles puissent s’y sentir à l’aise. Nous avons acquis une certaine expérience en la matière.

 

Le festival se conjugue avec divers ateliers, et par des espaces de découvertes de livres de contes. Vous proposez également une curieuse animation, une visite guidée…

C’est un projet développé par une compagnie habituée à travailler ainsi sur le terrain. Nous leur fournissons en amont des informations sur la commune – typiquement le livre de Plan-les-Ouates qui compile un maximum d’informations historiques et géographiques. Ils ont aussi été en contact avec une guide diplômée de la commune. Et à partir de là, ils travaillent sur un ou des scénarii historico-fantaisistes. Pratiquement, les spectateurs viennent chercher une contremarque une heure avant le départ, puis, munis d’écouteurs suivent le guide pour un petit périple (Les Visiteurs, samedi 4 et dimanche 5 à 10h45, 15h et 16h30).

 

Propos recueillis par Vincent Borcard

 

Festival La Cour des Contes 2019, du 3 au 12 mai à Plan-les-Ouates. Programme complet, informations pratiques, réservations, plans de situation sur le site du festival lacourdescontes.ch

Théâtre des Marionnettes de Genève - ZL’Orchestre de Chambre de Genève - Présences suisses