Publié le 08/09/2018 à 12:20

Des expériences artistiques à partager à Am Stram Gram

«Avec un peu de conviction et de passion, tous les lieux peuvent devenir un espace pour la poésie.»

 

C’est sous la forme d’une histoire racontée par Oscar, un petit garçon de cinq ans, que la saison du Théâtre Am Stram Gram à Genève a vu le jour sous la plume de Fabrice Melquiot au printemps dernier. On y découvrait une saison faite de 23 créations sur 25 spectacles à l’affiche, avec des propositions artistiques autant variées qu’inédites, représentatives de la pluridisciplinarité des arts de la scène contemporaine.

Parmi elles, neuf rendez-vous estampillés Laboratoire spontané: «associations nouvelles, formes insolites, c’est à chaque fois le rendez-vous d’un collectif d’invention, réunis pour la beauté du geste vif. Le rendez-vous de l’urgence, du vertige, de la main qui tremble. On ne se coupe pas les cheveux en quatre, on ne cherche pas midi à quatorze heures, on célèbre l’éphémère et l’instantané!», un concept détaillé par son créateur, Fabrice Melquiot.

 

La saison débute avec deux rendez-vous du Laboratoire spontané, sous quelle impulsion avez-vous instauré ces rencontres originales à Am Stram Gram au commencement de votre mandat en 2012?

Les enjeux du Laboratoire spontané sont multiples. C’était d’abord une manière de répondre à la fossilisation rapide des calendriers. Lorsqu’on est un centre de création et de production, on est dans une nécessité d’anticiper beaucoup, notamment la recherche de partenaires, surtout quand on a envie de réunir plusieurs structures pour porter des projets de création. Je souhaitais que des espaces dans ce calendrier puissent rester habitables par des artistes et dans des marges de manœuvre, d’un point de vue temporel, beaucoup plus courtes, d’où cette idée d’avoir une programmation parallèle à celle des créations maison, des coproductions ou des accueils.

Un autre enjeu est d’être sur une frange esthétique plus proche de la performance et de pouvoir inventer des dispositifs et des concepts à proposer aux artistes, une raison qui n’est pas anecdotique pour moi, car c’est un élément fondamental que nous développons au sein de ces laboratoires: nous provoquons des rencontres entre des artistes qui ne se fréquentent pas forcément, créant ainsi un espace pour travailler "contre les chapelles", afin de continuer d’aiguiser la curiosité des artistes et de leur donner une structure plus légère que celle d’un spectacle où confronter leurs savoir-faire et leurs points de vue. Et que l’urgence puisse être perçue dans le cadre des rendez-vous du Laboratoire spontané, comme une vertu, comme une condition de la création.

 

Le 14 septembre, pour le premier Laboratoire spontané qui mêlera musique, théâtre et arts visuels, vous reviendrez sur la saison avec la complicité des musiciens Jerrycan, Prune Guillaumon et Speaker B, mais aussi de toutes les compagnonnes et tous les compagnons d’Am Stram Gram, une première.

Au fur et à mesure des saisons s’est constitué un collectif très élargi au sein du théâtre. Il y a une équipe permanente qui l’habite et l’anime tous les jours, des fidélités artistiques qui s’affirment et ce grand collectif de compagnonnes et compagnons devenus bien plus que des spectateur.trice.s. Ce sont notamment des jeunes de 7 à 17 ans, très engagés dans nos ateliers de pratiques artistiques et qui ont un véritable désir d’habiter le théâtre à travers des formes légères qui correspondent à leur vie hors du théâtre, comme cela a été le cas pour Hante-moi si tu peux il y a déjà trois ans, un laboratoire qui a eu lieu dans le bâtiment industriel ARCOOP du quartier Praille - Acacias - Vernets. Au fil des années, une confiance s’instaure et on se dit qu’au fond, on peut vraiment faire de ce collectif un acteur régulier du lieu et qu’en tant que spectateur assidu, il est peut-être à même, aussi bien que moi, de présenter l’identité d’Am Stram Gram, ce que nous ferons ce soir-là. Sachant que le but de cette soirée n’est pas de présenter la saison puisque celle-ci est sortie au printemps, mais d’apporter des éclairages originaux, joyeux et sensibles sur certaines propositions, notamment par des textes rédigés intégralement et librement par nos compagnonnes et compagnons sur ce qu’est le théâtre et quel sens il a dans leur vie.

 

Dans les locaux du dessus où vous avez créé l’an dernier la galerie La Joie de Voir, débutera ce même jour l’exposition de l’illustratrice Albertine à qui vous avez également donné carte blanche.

Nous avons déjà organisé trois expositions la saison dernière, invitant des illustrateur.trice.s à donner leur vision de l’univers théâtral, que ce soit en lien avec un spectacle comme ce fut le cas avec Les Séparables, ou avec l’intitulé de saison, Paysage, jardins, habitants, et Albertine a toujours répondu présente avec une capacité d’invention, une disponibilité, une curiosité pour ce lieu-là, qui n’étonnent pas quand on la connaît. Avec Francine Bouchet, directrice des éditions la Joie de lire à l’aide de qui nous avons créé cette galerie, nous avons souhaité organiser une exposition d’œuvres originales d’Albertine et nous l’avons invitée à dessiner, peindre et construire des maquettes en regard de ce lieu qu’est le théâtre dans lequel elle va exposer.

 

Quel élément de cette exposition relevez-vous en particulier?

Ce qui me fascine toujours chez cette artiste, c’est sa capacité à réinventer son propre geste. Je n’ai pas encore vu les maquettes, mais parmi les toiles, j’aime notamment la manière dont elle a traité l’élément costume de théâtre, qui aboutit à des réalisations pleines de vitalité, une vision tonique de ce qu’est le lieu théâtral et de ce que sont ces corps présents au théâtre, ces corps costumés.

 

 

Pour le deuxième Laboratoire spontané intitulé Dance Me Please Play Me du 21 au 23 septembre, pas moins de quinze personnes, musiciens, danseurs et membres du public seront réunis sur la scène sous le sceau de l’improvisation. Comment met-on en place un tel dispositif?

C’est une expérience inédite extrêmement stimulante, qui repose sur la curiosité spontanée du spectateur qui, en confiance, vient assister à quelque chose qu’il n’a encore jamais vu et peut-être y participer (contactez Olga au 022.735.79.24 pour vous inscrire).

Le principe de ce Laboratoire spontané est le suivant: parmi les spectateurs de ces trois soirs, cinq personnes livreront à leur tour un de leurs souvenirs d’enfance. Après chaque narration d’environ cinq minutes, une danseuse ou un danseur, qui aura été désigné par tirage au sort sous les yeux du public, entrera dans l’espace dévolu au mouvement pour proposer une traduction chorégraphique silencieuse de ce souvenir qu’il entend pour la première fois. A la suite de cette approche chorégraphique produite dans un état lumineux totalement basique, le ou la danseur.euse rencontre un musicien ou une musicienne et le créateur lumière pour un bref entretien avant qu’un top ne les lance tous sur les planches pour voir naître l’esquisse d’un solo chorégraphique.

Pour mener à bien cet espace d’improvisation, j’aurai pris un temps pour répéter au préalable avec chaque spectateur.trice participant.e, sur comment est-ce qu’on se positionne face à un micro et à une assemblée pour raconter un souvenir personnel, comment faire en sorte que ce souvenir témoigne, que la situation exposée soit claire, qu’il y ait une forme de sensorialité du moment aussi, suffisamment riche et précise pour qu’elle soit transmise aux spectateurs dans la salle et pour que ce récit soit un moment de plaisir, agréable à partager.

 

Le Laboratoire spontané, ce sont encore une diversité de rendez-vous qui émailleront la saison.

C’est surtout la possibilité d’investir des terrains de jeu différents. Si pour les deux premiers rendez-vous nous serons dans la grande salle du théâtre, le 20 octobre nous intégrerons tous les espaces de ce dernier lors de la Nuit au théâtre qui se déroulera de 19h au lendemain matin 10h pour le petit déjeuner. Trois générations vont venir passer la nuit au théâtre comme nous l’avions fait il y a deux saisons, ce dont nous gardons un souvenir extrêmement fort; de ces enfants, adolescents et adultes, enveloppés dans leurs sacs de couchage sur le plateau, à l’étage, dans les dessous de scène, les loges, partout, tous prêts à découvrir le programme surprise de cette folle nuit.

Toujours cette saison, nous avons également plus d’une quinzaine de Bals littéraires qui nous permettent aussi de faire voyager des auteurs et des autrices pour le théâtre dans de nombreuses structures, que ce soit en Suisse romande, en France, en Belgique, et dans toute la francophonie puisque nous irons jusqu’à Montréal au printemps prochain.

Début octobre, nous nous rendrons au sein même des établissements scolaires à travers un tout nouveau Laboratoire spontané intitulé Chroniques adolescentes, qui mettra en contact les élèves des classes de cycle avec des écrivains et des musiciens.

L’idée du Laboratoire spontané, c’est de réussir à n’exclure aucun lieu et de se dire qu’avec un peu de conviction et de passion, tous les lieux peuvent devenir un espace pour la poésie.

 

Propos recueillis par Alexandra Budde

 

Découvrez tous les Laboratoires spontanés de la saison 18/19 du Théâtre Am Stram Gram sur le site www.amstramgram.ch

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