Découvertes musicales à l’Épicentre

«L’Épicentre est devenue une salle de Genève»

 

L’Épicentre à Collonge-Bellerive est un lieu qui défend les projets musicaux d’ici et d’ailleurs. Salle intimiste, avec une acoustique boisée, c’est un «écrin magnifique», dit son programmateur, Stéphane Radice. Fidèle à sa ligne de programmation, il nous propose pour sa première partie de saison 2017-2018 une série de six concerts, alternant sans complexe chanson française, jazz, folk et musique du monde. «Le but de cette salle est de faire de la découverte et nous avons de la chance d’avoir un public très agréable qui a envie de nous suivre dans cette démarche.»

 

Une saison de découvertes qui ouvre le 30 septembre avec Gauvain Sers, un artiste plutôt proche de nous, et déjà plutôt connu.

C’était une opportunité à saisir. J’ai une affection particulière pour la chanson française, Bashung, Biolay… Et j’aime beaucoup Gauvain Sers, chez qui je retrouve un peu le Renaud des premières années. Je pense que c’est un des derniers moments où on peut envisager de recevoir Gauvain Sers dans une salle comme l’Épicentre (. C’est donc un plaisir de pouvoir le programmer et d’offrir cette opportunité à notre public. Malheureusement, ce concert est déjà complet. On aurait pu faire le choix d’organiser un concert debout, et ainsi laisser entrer plus de monde. Mais on a voulu privilégier le côté intimiste, guitare et voix, dans une petite salle.

 

C’est une salle avec une acoustique particulière, n’est-ce pas?

L’Épicentre est une ancienne grange, transformée en salle de spectacle. C’est donc un lieu entièrement en bois avec une acoustique boisée, feutrée, un écrin magnifique. Et on peut autant travailler de grosses sonorisations que d’autres, plus fines. Il est d’ailleurs arrivé que certains artistes n’aient pas envie d’être sonorisés pour profiter de cette acoustique si particulière.

 

Une acoustique qui pose quelques contraintes. Vous ne pouvez pas toujours inviter tous les artistes que vous aimeriez?

Prenons Rover que nous accueillerons le 2 décembre. C’est un artiste qui a l’habitude des grandes salles, des clubs de rock et qu'on ne pouvait pas accueillir avec sa formation habituelle. Alors on suit les artistes, en concerts, sur les réseaux sociaux. Et parfois, ils mettent sur pied des projets qui peuvent correspondre à l’Épicentre. Avec son dernier projet, Rover se lance dans une performance en duo dans laquelle il emmène le public dans son univers de création. La salle permettant une très grande proximité avec les artistes, le public aura presque l’impression d’être avec lui dans son studio.

 

Que ce soit pour Rover ou pour Gauvain Sers, vous innovez cette année sur la forme des concerts assis.

La nouveauté pour cette saison, c’est de garder les places assises essentiellement au centre. Il reste ainsi de la place sur les côtés pour le public qui souhaite être debout ou s’asseoir sur les six bancs latéraux fixes. Cela permet une mixité entre ceux qui préfèrent les concerts assis, qui devront venir un peu plus tôt pour avoir un siège, et les heureux qui auront envie de rester debout pour bouger pendant le concert.

 

Mais tous les concerts ne seront pas des concerts assis?

Effectivement, le concert de Puerto Candelaria (14 octobre) sera un concert debout, festif, plein de bonne humeur. Nous avons l’envie à l’Épicentre de mélanger les publics autour de la musique, autour de musiques qui viennent de loin, certes, mais qui sont très actuelles. Disons que si je devais imaginer un concert parfait, ça serait un concert avec un public d’une grande mixité d’âge et de nationalités qui viendraient au concert ensemble, pour écouter une musique faite par des gens extrêmement positifs et extrêmement talentueux. Puerto Candelaria peut donner l’impression de faire une musique facile, mais ce sont en réalité des gens qui ont un parcours musical impressionnant. Ils sortent d’écoles prestigieuses, et en même temps, ils maîtrisent les codes de leurs traditions.

 

Des artistes talentueux également, le Amine et Hamza 7tet en octobre.

Ce sont des virtuoses tout simplement! Leur projet jazz est magnifique, c’est onirique, on ne sait pas dans quel monde on évolue. Et c’est une formation particulière, avec tabla, oud et quanoun en plus d’instruments plus traditionnels. Ils s’appellent The Band beyond Borders et ce n’est pas pour rien. Ils vont au-delà des frontières, au-delà des limites des genres. Dans une certaine mesure, ils sont représentatifs de ce que l’on fait en termes de programmation ici à l’Épicentre.

 

 

Transcender les limites, vous le faites aussi avec la salle, en mettant sur pied un certain nombre de partenariats.

C’est une manière de collaborer avec des gens. Et aussi une manière de se faire connaître, tout en gardant un œil sur la programmation. Dans le cadre du festival Les Créatives, par exemple, nous recevons Mélissa Laveaux et Melissa Kassab (18 novembre). Deux artistes avec des styles différents qu’il est intéressant de retrouver dans le même concert.

Mélissa Laveaux est actuellement en résidence pour Radio Siwèl, un projet musical tourné vers les musiques traditionnelles d’Haïti du début du siècle passé. Je me réjouis d’entendre le résultat.

Melissa Kassab, elle, fait plutôt du folk-blues. Et pour la petite anecdote, Melissa Kassab a commencé à travailler ici au bar. C’est super de pouvoir profiter de sa présence aussi sur scène. Et c’est vraiment une artiste avec un bel avenir musical.

Et j’ajouterais qu’en définitive, même si leurs styles sont différents, ces deux femmes ont des points communs sur scène. Elles sont toutes les deux capable de créer un lien fort avec le public pendant leurs concerts; elles sont extrêmement touchantes sur scène. Et toutes deux défendent bien leurs projets.

 

Un autre groupe qui défend bien son projet atypique: We The Lion.

De prime abord, quand on écoute la musique de We The Lion, c’est vrai qu’on peut difficilement imaginer qu’ils viennent d’Amérique Latine. Ils font du folk pop, qui s’apparente à de la pop anglaise ou américaine. On fait souvent référence à eux en parlant de Mumford and Sons ou The Lumineers. Et j’espère sincèrement que les gens viendront au concert sans l’étiquette latine. J’aimerais bien arriver à dépasser ce côté musique du monde. J’aimerais une fois pouvoir simplement balancer de la musique, et dire aux gens «Venez écouter, c’est génial. Et on s’en tape d’où ça vient, on s’en tape des a priori, venez c’est génial.»

 

 

Des projets pour 2018?

Un peu de soul et de jazz, certainement. Parce que c’est ce qui manque un peu dans notre programmation de début de saison. Probablement un projet avec Antigel. Et du folk de Polynésie.

Et on espère pouvoir changer l’année prochaine le système de son. On est encore en attente de la réponse de la commune. Mais on travaille vraiment en bonne intelligence avec eux, ils font preuve d’une grande ouverture d’esprit. Et par notre collaboration, nous faisons rayonner l’Épicentre et Collonge-Bellerive. Nous, on ne s’en rend pas compte, on a le nez dans le guidon. Mais souvent les gens nous le disent. J’ai l’impression qu’on parle maintenant de l’Épicentre comme l’une des salles de Genève. Ça fait toujours plaisir quand les gens nous disent qu’ils entendent parler de nous et qu’ils aiment notre programme…

 

Propos recueillis par Anne Skouvaklis

 

Découvrez la première partie de saison de l'Épicentre sur leprogramme.ch ou sur le site www.epicentre.ch

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