Publié le 11/04/2016 à 11:12

CTRL-J lance son festival

Genève culturelle: les jeunes prennent le contrôle!

 


Elle a vu le jour en 2015 et lance déjà son festival à Genève: l’association CTRL-J donne la parole aux jeunes de 15 à 25 ans. Leur leitmotiv? La culture par ET pour les jeunes! A l’initiative de trois directeurs de théâtres genevois – Fabrice Melquiot (Théâtre Am Stram Gram), Mathieu Bertholet (Théâtre POCHE /GVE) et Jean Liermier (Théâtre Carouge-Atelier de Genève) –, le festival CTRL-J se déploie sur sept sites, sur l’ensemble du canton. Au programme, du théâtre et de la musique, mais aussi de nombreuses animations participatives: radio, graffiti, parkour… Il y en aura pour tous les goûts, et tous les âges!

 

 

Le Théâtre POCHE /GVE est en effervescence en cette fin de journée. Le sous-sol bourdonne de voix encore presque enfantines. C’est conférence de presse et les intervenants ont peaufiné leur présentation: Alicia et Gabriel, adolescents et comédiens, présentent la première édition du festival organisé par l’association dont ils sont responsables. Un titre express, explicite: CTRL-J. «Nous avons pour objectif de permettre aux jeunes de prendre en main la culture.» Le message est clair. Suite aux difficultés rencontrées par les jeunes genevois à réaliser leurs rêves culturels, l’association a vu le jour. C’est aujourd’hui au tour du festival éponyme de prendre forme, grâce à la réflexion de trois directeurs de théâtre.

Fabrice Melquiot, Mathieu Bertholet et Frédéric Liermier ouvrent les portes de leurs théâtres respectifs aux jeunes de CTRL-J, tout en leur laissant la main sur l’organisation. Un pari osé, qui semble porter ses fruits. «Nous avons établi le programme d’après les résultats d’un sondage auprès des copains», explique Alicia, très impliquée dans son poste. On retrouve un mélange audacieux d’activités inédites et plébiscitées. Les ateliers permettent de découvrir divers modes d’expression: graffiti, vélo-polo, beat box, rap, matchs d’improvisation ou encore jeux de société. L’association a mis en place des partenariats avec des organisations et des artistes locaux. On retrouve, entre autres, la radio La Fabrik, la ludothèque de Carouge ou encore la Fédération d’Improvisation Genevoise (FIG).

 

Nouveau souffle pour Godard

Côté théâtre, plusieurs pièces se détachent dans ce programme éclectique. Les Jeunes Compagnons d’Am Stram Gram préparent depuis quelques mois une pièce écrite par Fabrice Melquiot à leur intention: Jean-Luc. Mise en scène par Mariama Sylla, elle évoque Godard, en textes mais aussi en images. Une réflexion sur la jeunesse: la jeunesse d’autrefois, la jeunesse d’aujourd’hui, et comment la société a évolué entre temps. Fabrice Melquiot fait découvrir aux apprentis comédiens un univers audacieux, totalement inconnu pour certains, mais source d’intérêt pour l’ensemble de la troupe. Une pièce en forme de montage autour du personnage de Jean-Luc Godard, qui parle à un public multigénérationnel. «Jean-Luc évoque la jeunesse des adolescents sur scène, mais aussi celle qui subsiste en chacun de nous», déclare Mariama Sylla. Âgés de 13 à 24, les jeunes présents sur la scène du Théâtre Am Stram ont consacré leurs vacances scolaires à ce projet. Une création artistique et pédagogique, portée avec passion par l’ensemble des protagonistes.

 

 

Du théâtre à foison

Jean Liermier propose quant à lui une expérience théâtrale où tous les sens sont en éveil… à l’exception de la vue. Des classiques du cinéma, des scènes cultes révèlent la science-fiction sous un nouveau jour, dans un environnement inédit: comme l’indique le titre de l’aventure, les spectacteurs ont Les yeux bandés. Le théâtre sort de son cadre pour devenir une expérience sensorielle, où la bande-son se révèle aussi cruciale que les parfums. Les plus audacieux sont attendus au Théâtre Am Stram Gram pour une (re)découverte inattendue.

Au Poche /GVE, Ida communique en solitude, bien abritée derrière l’écran de son ordinateur. Le festival CTRL-J accueille CTRL-X, une pièce de Pauline Peyrade mise en scène par Cyril Teste et résolument ancrée dans la réalité de nombreuses existences. Vies sociale et amoureuse se révèlent sur la toile, entre nostalgie et connexion abusive. Véritable défi théâtral, CTRL-X interroge les réseaux sociaux et la place démesurée qu’elle occupe au cœur de notre intimité.

La jeunesse de Genève, c’est aussi des gens de passage, des rescapés en perdition, des exilés sans certitudes. Mis en scène par la pétillante Delphine de Stoutz, Les enfants d’Héraclès réunit 60 jeunes et 15 aînés qui travaillent d’arrache-pied depuis deux ans pour monter, ensemble, une pièce en résonnance avec leurs destinées. C’est la Genève internationale qui s’exprime ici. On retrouve un peu des enfants d’Héraclès en chaque comédien, en chaque citoyen genevois. Une œuvre qui bouleverse, un manifeste sur la démocratie et l’identité, qui saura à coup sûr faire vibrer le public du Centre des arts de l’Ecole Internationale de Genève.

 

 

Quand une association en cache une autre

Aux côtés des «professionnels» de la scène, on retrouve l’Association Accroche – Scène active, menée avec enthousiasme par Thomas Gremaud. Cette association a pour objectif de relancer des jeunes âgés de 17 à 25 ans, qui ne sont ni en formation ni en emploi. Ils ont ainsi l’opportunité de construire leurs projets, personnels ou professionnels, dans un cadre positif et entourant. La jeune troupe investit le Théâtre Pitoëff dans le cadre du Festival CTRL-J pour Le bal des masques, une création théâtrale où les personnages sont prisonniers de leur identité et tentent de libérer des secrets pour mieux se révéler… Une pièce qui fleure bon la mise en abîme et l’humour.

Côté musique, le Festival CTRL-J propose une programmation musicale 100% locale. A la Salle des Fêtes de Carouge, le reggae et le rock se côtoient dans des aménagements revisités, où le spectateur voit son champ de vision s’élargir. Accompagnées par de nombreux partenaires institutionnels – Carrefour Addiction, Stop Suicide ou encore Point Jeune –, l’association CTRL-J met toutes les chances de son côté pour répondre aux demandes des jeunes genevois, au-delà de la culture. Si la scène leur permet de s’approprier et revendiquer une vision identitaire de la jeunesse, le festival dans son ensemble offre à cette quête une piste prometteuse.

 

Ophélie Thouanel

 

Festival CTRL-J - Genève du 15 au 17 avril 2016

Programme complet disponible sur le site www.ctrl-j.ch

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