Publié le 01/06/2018 à 10:42

Contrechamps tous azimuts

«Je continue de constater dans le public une fascination pour l’expérimentation sonore et pour les genres hybrides. Un mélomane qui s’intéresse à l’expérimentation pourra rentrer dans n’importe quelle soirée de Contrechamps.»

 

La nouvelle saison de L’Ensemble Contrechamps semble faire du décloisonnement une de ses priorités. De la musique contemporaine exigeante, bien sûr. Des créations, certainement. Mais si l’exercice 2018/2019 est baptisé L’âge des extrêmes, c’est qu’il entend privilégier la diversité tous azimuts, des compositeurs d’hier et d’aujourd’hui. Et qu’il va célébrer la richesse de ces si nombreux extrêmes, proposant par exemple, dans une même soirée, une composition célébrée de Pierre Boulez et une création électronique.

2018/2019 est aussi une année de transition. Brice Pauset a réalisé sa dernière programmation, après 5 années à la tête de l’Ensemble. Et c’est le nouveau directeur artistique, le percussionniste, compositeur et programmateur Serge Vuille, en poste depuis ce printemps, qui va la porter. Celui-ci veut rapprocher la musique et les musiciens du public, rendre moins formel le contexte d’un concert, et intensifier les échanges avec d’autres institutions culturelles genevoises. Rencontre.

 

L’âge des extrêmes célèbre la très grande variété des expériences et des esthétiques qui caractérise la musique contemporaine.

Ce programme est celui de Brice Pauset. Mon travail va s’inscrire en continuation. Je suis intéressé à poursuivre la mise en valeur de cette diversité. Et même d’aller encore plus loin. Nous sommes à une époque où cette diversité constitue, en elle-même, une énorme richesse. En tant que spectateur, j’apprécie déjà un mélange stylistique à l’intérieur d’une soirée, cela m’en facilite l’accès, sans que je n’y voie nullement un compromis.

 

Est-il toujours possible d’appréhender cette diversité? Négativement, n’y a-t-il pas le risque de voir se développer des genres très – trop – spécialisés?

Franchement, non. Je continue de constater dans le public une fascination pour l’expérimentation sonore et pour les genres hybrides. Un mélomane qui s’intéresse à l’expérimentation pourra rentrer dans n’importe quelle soirée de Contrechamps. Je suis davantage préoccupé par le contexte trop formel du concert, par le manque d’interactions avec le public. Dans mon expérience de musicien et de programmateur, j’ai vérifié qu’il est possible de complètement retourner cela. Le contexte du bar du foyer et de rencontres à l’occasion d’un apéritif permet de toucher au contexte social. Le simple fait de vous parler aujourd’hui fait que je lirai vos articles différemment. Il peut se passer la même chose entre artistes et public, sans pour autant avoir des conversations qui abordent les processus musicaux. Et sans aucune concession dans la programmation.

 

Les salles ne conditionnent-elles pas aussi ce «contexte formel»?

Oui. Il existe des formats plus immersifs. J’ai initié à Londres une série de concerts Kammer Klang dans un café, devant 150 personnes, et nous obtenions à la fois une écoute impressionnante et des événements extrêmement familiers. Mais la salle de concert est irremplaçable pour un ensemble acoustique comme Contrechamps. Il faut donc actionner d’autres leviers.

 

 

Pour revenir à la diversité, une même soirée du 23 mai confronte Sur Incises de Pierre Boulez – qu’il avait dirigé il y a quelques années à Genève –, et une composition électronique.

Sur Incises est un chef d’œuvre. Tout comme des sonates de Beethoven, c’est une de ces compositions qu’on ne peut jamais finir de découvrir. La reprendre permet une ré-exploration, et d’affirmer la volonté de présenter des interprétations fraîches de grands classiques. Et proposer dans le même programme une création pour ensemble et électronique de Fernando Garnero fait tout à fait sens.

 

Le programme de la saison a été réalisé par Brice Pauset. Mais vous amenez tout de même déjà deux soirées, dont celle des Sculptures sonores de Rebecca Glover, à laquelle collaborera l’Ensemble Contrechamps en novembre.

Oui, Rebecca Glover travaille d’habitude seule, avec des partitions qui évaluent les événements sonores dans le temps, mais notées à sa manière… Elle va donc venir partager ses partitions avec les musiciens de l’Ensemble, et ils devront trouver, ensemble, des moyens de les investir. Depuis ce printemps, j’ai rencontré individuellement tous les musiciens, qui ont manifesté une grande ouverture pour des expérimentations de ce type. La sculptrice sera présente sur scène. J’ajoute que le programme de la soirée doit encore s’enrichir d’autres pièces qui se caractérisent par un travail du son dans l’espace.

 

Pouvez-vous évoquer un coup de cœur du programme de la saison?

Il y en aurait plusieurs. Steffen Krebber (n.d.l.r.: Autour de Steffen Krebber, le 26 février) incarne une pratique parfois performative. Je ne connais pas sa musique en direct, mais, présenté ce soir-là via une de ses compositions, Trond Rheinholdtsen m’avait ouvert une nouvelle dimension il y a quelques années, dans sa manière d’intégrer le processus créatif, et de disposer et de faire évoluer les musiciens sur scène. Dans le même programme, Neo Hülcker, que j’ai un peu côtoyé, a composé des pièces, où l’approche musicale, la manière de définir des événements dans le temps, prend le pas sur l’instrument.

 

La diversité, mais aussi le décloisonnement sont au centre du programme. Avec des collaborations avec la Haute école de musique de Genève ou un Laboratoire qui invite aux expérimentations interdisciplinaires.

Différentes pièces nous amènent à recourir à la HEM et au studio d’électroacoustique de David Poissonnier. Une convention avec la Haute école vise à intégrer les étudiants en master, et prévoit des «grands formats» qui pourraient quadrupler notre effectif! Le Laboratoire s’apparente lui à un incubateur. Nous nous donnons la possibilité d’essayer… des petites choses. Quatre ou cinq artistes viendront chaque fois pendant un jour et demi, proposer à nos musiciens de travailler sur un concept. Quitte, ensuite, à poursuivre plus formellement l’expérience. Nous sommes aussi en contact avec l’ADC et les Ateliers d’ethnomusicologie.

 

Mais la base de votre production…

… Reste la saison de douze concerts! La volonté est de commander des pièces autant à des auteurs établis, comme Michael Jarrell ou Rebecca Sanders, qu’à de jeunes compositeurs. Ma vision, c’est ensuite de faire voyager ces productions. D’ancrer notre activité à Genève, en collaborant avec les autres ensembles et les festivals, puis de favoriser le rayonnement de l’Ensemble Contrechamps.

 

Propos recueillis par Vincent Borcard

 

Découvrez le programme complet de la saison 2018/2019 de l’Ensemble Contrechamps sur le site www.contrechamps.ch

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