Publié le 02/06/2017 à 16:20

Contrechamps dévoile sa nouvelle saison

«40 ans, c'est le temps des bilans et de la réflexion, mais aussi de la fête»

 

Depuis 1977, L'Ensemble Contrechamps s'applique à faire entendre les multiples facettes de la musique contemporaine afin de rapprocher le public de ces oeuvres et de ces compositeurs du XXème siècle rarement joués sur les scènes genevoises. La nouvelle saison, récemment présentée au public, ne déroge pas à la règle et fait même le pari d'aller aux confins de territoires parfois méconnus, dans d'autres cultures musicales ou dans des répertoires insolites. Concerts dirigés, musique de chambre, œuvres du répertoire ou créations, pour cette sixième saison sous la direction du compositeur Brice Pauset, l'ensemble a misé sur la variété des formules et des contenus, remplissant son rôle de plate-forme de la musique contemporaine.

 

UNE SAISON ANNIVERSAIRE

En 2017, Contrechamps a atteint ses quarante ans d'existence. Pour l'Ensemble, c'est "le temps des bilans et de la réflexion, mais aussi de la fête", comme le rappelle Philip Ganzoni, président de l'association Contrechamps. Réparties sur deux saisons, les festivités de cet anniversaire regroupent plusieurs concerts qui évoquent à la fois les valeurs sûres et les remises en question de l'Ensemble.

La saison commencera donc avec By the way le 12 septembre, un programme regroupant des compositeurs ou des œuvres ayant échappés aux radars des précédentes éditions. Le public genevois aura ainsi l'occasion d'entendre certains artistes pour la première fois, comme l'allemand Hans Werner Henze. Puis, en sorte de conclusion à ce cycle des quarante ans, les musiciens de l'orchestre auront carte blanche le 27 octobre: une soirée hybride placée sous le signe de la surprise!

 

EMBRASER LES HORIZONS

Pour Brice Pauset, le jubilé est aussi le moment de prendre un peu de hauteur afin d'envisager les différents enjeux de la musique moderne. Comme il le rappelle, "l'histoire de la musique est marquée par des compositeurs qui ont besoin d'explorer de nouvelles dimensions, de faire exploser les cadres normatifs". Avec comme mot d'ordre Longues vues, le directeur artistique propose de sonder les limites musicales, mais aussi spatio-temporelles. La soirée du 17 octobre nous emmènera ainsi au Japon, dont la "tradition éloignée va modifier la manière de penser européenne". C’est le cas de l’Anglais Steven Daverson, dont on pourra découvrir Elusive Tangibility IV, qui fut très inspiré par la poésie zen. Ce sera également l'occasion d'écouter du shakuhachi, la flûte traditionnelle japonaise, par l'un des grands maîtres actuels Wolfgang Hessler.

Dans un autre genre, le concert intitulé Monstres glacés fera place aux expérimentations les plus radicales en musique électronique. Ce titre est tiré de la pièce de Luigi Nono, Guai ai gelidi mostri, que l’on pourra entendre le 12 décembre après une nouvelle création pour harmonica solo de Francesco Filidei et Cardiophonie de Heinz Holliger. La particularité et la difficulté de cette œuvre résident dans le fait que le tempo de la musique est dicté par le rythme cardiaque du musicien.

Les limites sont aussi celles des périodes musicales, dont Brice Pauset nous propose un exemple avec le romantisme le 17 avril. La Symphonie n°9 de Gustav Mahler, composée vers 1910, fut jouée pour la première fois en 1912. Rompant résolument avec la tradition classique, cette œuvre nous "fait prendre conscience de la fin d'un monde". "C'est une musique du vide et de la négation", commente Brice Pauset. Mais la destruction est souvent nécessaire au renouvellement. C’est sur ce schéma que se construisent les mythes, comme nous le rappellera le concert du 25 mai. Time-Machine abordera la figure de Lohengrin réactivée par Salvatore Sciarrino, 132 ans après Wagner. Mais s’intéressera aussi aux "mythologies potentielles" avec deux pièces de Gordon Kampe autour du personnage de Ripley, créé pour le film Alien de Ridley Scott.

En 12 soirées, l'Ensemble Contrechamps promet un panorama varié de la musique moderne et de ses spécificités. Notons que la saison permettra l'éclosion de quatre nouvelles créations commandées par l'orchestre à Giorgio Tedde, Alireza Farhang, Francesco Filidei et Alberto Posadas. En parallèle des concerts, Contrechamps proposera au fil de la saison de nombreuses activités, comme des conférences et des rencontres avec des auteurs d'ouvrages sur la musique, afin de mieux appréhender l'univers de la musique contemporaine.

 

Marie-Sophie Péclard

 

Découvrez la saison 2017/2018 de l’Ensemble Contrechamps en détail sur le site www.contrechamps.ch

L’Orchestre de Chambre de Genève - Destination Tango