Publié le 18/01/2019 à 18:40

Colombie magique au Théâtre Am Stram Gram

«Mais Colombine, où es-tu? Qui es-tu?»

 

«L’histoire d’un exil, d’une inspiration, d’un espoir; un fil d’or tendu de l’Amérique latine et sa jungle à l’Europe des lumières de théâtre.» Ma Colombine, c’est un voyage sur les terrains de vie de l’enfance, en direction de la magie et des légendes de la Colombie, celle de l’acteur, metteur en scène et directeur du Théâtre Kléber-Méleau, Omar Porras. Ma Colombine, c’est un conte d’aujourd’hui que l’auteur et directeur du Théâtre Am Stram Gram, Fabrice Melquiot, a écrit pour Omar Porras, à partir de sa propre biographie et suite à un voyage commun en Colombie effectué en 2017.

Destinée à un large public (dès 8 ans), cette création tient tant de la genèse que de la forme d’un conte initiatique d’où se dégage une déclaration d’amour au théâtre et à la vie. A découvrir du 18 au 27 janvier au Théâtre Am Stram Gram de Genève.

 

Vous avez découvert le travail d’Omar Porras il y a 15 ans avec Ay! QuiXote au Théâtre de la Ville à Paris. Comment décririez-vous l’homme et ce qui vous uni aujourd’hui?

Auteur associé de ce théâtre, nous nous sommes ainsi croisés plusieurs fois à diverses occasions. C’est à Genève que notre relation s’est consolidée par des conversations régulières, principalement autour du théâtre. Un rapport de curiosité s’est installé entre nous, et d’intérêts pour les visions que nous partageons du lieu théâtral, de ce qu’il représente pour les artistes, les techniciens et pour ceux qui l’habitent chaque jour.

Ce qui ressort beaucoup dans la personnalité d’Omar, c’est son exigence, une exigence qui est au diapason de la passion qu’il nourrit pour le théâtre. Son désir n’a pas d’autre choix que de prendre pour objet la scène. C’est toujours très beau de pouvoir observer quelqu’un qui est absolument à son endroit et dans son geste.

 

A-t-il été difficile de convaincre l’acteur d’être lui-même l’objet du spectacle?

Bien sûr. Si je trouvais son parcours riche et partageable avec un public intergénérationnel, il n’allait pas de soi pour Omar que sa biographie puisse constituer le premier matériau d’un spectacle. Nous avons clairement défini de quel processus il s’agissait: non de raconter la vie d’Omar, mais d’imaginer une fiction, celle de la vie du petit Oumar Tutak Hijo de Chibcha Vuelo de Condor Suvan y Ven qui s’inspire de sa vie. Il a fallu que nous saisissions bien, à la fois l’espace d’implication et la distance vis-à-vis de sa propre biographie, pour précisément que l’interprète ne soit pas écrasé par le terreau du spectacle. Une fois la dimension du jeu et celle du «je» déterminées, Omar a embarqué avec moi. Et le voyage que nous avons fait ensemble en Colombie en juin 2017 a fini de le convaincre que nous étions ensemble au bon endroit dans un vrai désir de rapprocher nos deux langages, mon écriture et son écriture scénique.

 

 

La forme du conte s’est-elle rapidement imposée?

Dès notre voyage en Colombie. Parce que ce pays est riche de légendes et qu’Omar est un grand conteur, comme toutes les Colombiennes et tous les Colombiens. Ce pays a quelque chose à voir avec la magie et une forme de merveilleux. C’est pour cela que le petit Oumar est capable de parler à la lune et de traverser l’océan sur les épaules de son frère d’un grand saut à la perche.

Nous avons préservé de ces légendes, l’une d’entre elles, La pata sola (Celle qui n’a qu’une patte), qui témoigne de la qualité particulière de ces récits, à la fois effrayants et initiatiques: une princesse est surprise avec un autre homme que son mari, qui aussitôt zigouille l’intrus et oblige la princesse à manger son cœur avant qu’il ne lui coupe une jambe. Depuis, elle hante la forêt, et il est dit dans ce conte qu’elle adore sucer les orteils des petits enfants! Une figure avec laquelle joue beaucoup le petit Oumar, puisque c’est une de ses histoires favorites que son père lui raconte au coucher.

Ma Colombine joue beaucoup avec l’ironie de cette histoire qui serait plutôt faite pour maintenir les enfants éveillés que pour les bercer.

 

 

Qui est cette Colombine?

Ma Colombine, c’est le rêve qu’on poursuit toute sa vie. C’est peut-être aussi l’idéal. Un mot magique, presque ésotérique. C’est l’objet de la quête. Ce qu’on cherchera toute sa vie en sachant peut-être pertinemment qu’on ne l’atteindra jamais. La pièce se termine d’ailleurs sur cette question: «Mais Colombine, où es-tu? Qui es-tu?»

 

Dans votre note d’intention du spectacle, vous utilisez une très jolie métaphore avec le monde végétal: «Ici, un rêve a pris racine entre deux continents. Puis, un petit garçon l’a déraciné. Depuis, il le plante et le déracine, frénétiquement, de spectacle en spectacle, de théâtre en théâtre.»

C’est le propre des personnes dont l’identité s’est constituée à travers deux cultures majoritaires. Aujourd’hui, Omar est tout autant Suisse que Colombien et bel et bien planté ici, mais le fil qui le relie à la Colombie n’est jamais coupé. C’est ce qui fait la singularité de son écriture scénique, le caractère et la couleur de ses spectacles. D’ailleurs, j’ai effectivement été surpris de reconnaître dans plusieurs tableaux de maîtres colombiens exposés au Musée de la Monnaie à Bogota, certains traits de Porras.

Et puis il y a cette Colombie où règnent vitalité et surtout démesure. On a le sentiment que tout y est plus grand: les fruits, les arbres, les paysages qui nous sont donnés. Une démesure qu’on retrouve peut-être dans le rapport que les personnes peuvent entretenir avec le réel. En même temps je me méfie toujours, car cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas des gens ici qui sont eux aussi dans la démesure, probablement que oui. Ce qui compte, c’est peut-être de se rapprocher au plus près de ce qu’est l’écriture d’Omar, et c’est son identité d’artiste, qui tient de l’organicité et de la sensorialité de cette Colombie où il est né.

Le terme qui lui est souvent attribué est celui de baroque, mais dans Ma Colombine, je dirais qu’il est dans l’essence de son langage artistique, dans une épure, comme s’il avait voulu définir une matrice de son travail.

 

Propos recueillis par Alexandra Budde

 

Ma Colombine, un texte de Fabrice Melquiot mis en scène par Omar Poras, est à voir au théâtre Am Stram Gram à Genève du 18 au 27 janvier 2019.

Renseignements et réservations au +41.22.735.79.24 ou sur le site www.amstramgram.ch

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