Publié le 18/05/2016 à 10:07

Cabaret Boris Vian au Loup

«Ce qui compte, ce n’est pas le bonheur de tout le monde, c'est le bonheur de chacun.» Boris Vian

 


Boris Vian est mort à 39 ans d’un arrêt cardiaque, lors de la projection de l'adaptation cinématographique de son livre J'irai cracher sur vos tombes en 1959. Ingénieur de l'École centrale, il attendra ses 20 ans pour débuter l’écriture. Aujourd’hui, entré tardivement dans le panthéon des écrivains français, on le connait également poète, parolier, chanteur, acteur, peintre et musicien de jazz (trompettiste). Il a aussi conçu des pièces de théâtre, des opéras et des scénarios pour le cinéma. Pourtant, pour gagner sa vie, on le connaissait chroniqueur, critique, traducteur (anglo-américain) ou encore conférencier. Son œuvre est une mine dans laquelle on découvre encore de nos jours de nouveaux manuscrits. Rencontre avec Éric Jeanmonod qui a choisi de mettre en scène On n'est pas là pour se faire engueuler au Théâtre du Loup à Genève «pour le revigorant plaisir d’entendre et de redécouvrir ces chansons de Boris Vian que nous aimons tant et parce qu’une bonne chanson n’a jamais dit son dernier mot».

 

 

C’est la première fois que se jouera du Vian au théâtre du Loup.

Effectivement, nous avions envisagé deux projets qui ne se sont pas faits: Lily Strada (1958), une comédie musicale librement inspirée de Lysistrata d’Aristophane transposé dans la pègre parisienne, mais dont il n’a pu écrire qu’une seule scène avant de mourir, et Fiesta, un petit opéra dans lequel un réfugié est accueilli dans un village de pêcheurs par une grande fête avant d’être finalement remis à la mer. Ce genre de pièce demande un travail de chant différent de ce que nous avons l’habitude de faire au Loup, car nous accordons beaucoup de place à la musique dans nos créations comme en 2012 avec Le bar sous la mer d’après Stefano Benni, ou en 2013 avec La petite reine. Dans cette dernière, j’avais même écrit une chanson, Les filles à bicyclette, dans cet esprit léger à la Vian que nous aimons beaucoup au Théâtre du Loup: l'humour, la vivacité d'esprit, le non-conformisme par intelligence plus que par bravade, l'invention perpétuelle de mots et de systèmes, le côté fêtard et hédoniste… Et, plus que tout, une profondeur certaine, malgré les apparences de légèreté, devant le versant populaire de l’écriture de Boris Vian. Une manière d’éviter de se prendre au sérieux, parce que tout est important.

 

Vous présentez 20 titres parmi les 535 chansons que contient son répertoire, un choix cornélien.

Il y a maintenant un an et demi que j’ai commencé à sélectionner ces chansons et à choisir les interprètes: Céline Frey, (voix, sampler), Jocelyne Rudasigwa (contrebasse, ukulélé, voix), Simon Aeschimann (voix, guitare, sampler), Sylvain Fournier (percussions, mandoline, ukulélé, voix) et Ernie Odoom (voix, saxophones). Une vraie dreamteam: tous ont été disponibles pour cette aventure musico-théâtrale, heureux de jouer pour la première fois ensemble. Dans le répertoire, nous avons cherché à faire plaisir avec des chansons-culte comme Fais-moi mal Johnny, Je bois, La java des bombes atomiques, J’suis snob, Le déserteur, ou encore Bourrée de complexes, mais aussi à surprendre, avec des titres moins connus comme La rue Watt qu’interprétait Philippe Clay dans les années septante, un titre que Vian avait écrit en souvenir d’une promenade avec Raymond Queneau dans la rue Watt (Paris, XIIIè). Cette chanson tire un portrait très poétique d'une rue très ordinaire. Notre choix définitif remonte à quelques jours de la première. Après avoir exploré plusieurs pistes, nous avons gardé celles qui en jettent par l’appropriation qu’en ont faite les musiciens-chanteurs qui seront sur scène.

 

Le ton des arrangements sera-t-il plutôt electro-pop avec la présence de la chanteuse Céline Frey, alias Lyn m (ex-Aloan et Elvett)?

C’est justement pour son grain de voix "electro-pop", qui m’a touché dès ses débuts, que je souhaitais la participation de Céline Frey. Elle fait d’ailleurs une superbe réinterprétation de J’suis snob dans ce style-là. Lorsque je l’ai contactée, elle avait une appréhension à chanter en français pour la première fois, mais finalement on retrouve ce même timbre fantastique dont sont empreintes ses chansons en anglais. Si elle interprète une bonne moitié du répertoire, tous les musiciens chantent également et les arrangements, signés Simon Aeschimann et Sylvain Fournier, vont du reggae au blues en passant par le jazz et le rock n’roll. Ce sont des musiciens de haut vol, ouverts sur tous les styles de musique, et ils se sont incontestablement amusés avec leur instrumentation électrique.

 

 

Comment avez-vous choisi de transmettre l’esprit des caves du Saint-Germain-des-Prés des années cinquante?

A défaut de caves de cafés enfumés, prises d’assaut à l’époque par Vian et consorts, nous avons opté pour un lieu contemporain, intime et chaleureux, à mi-chemin entre le studio d’enregistrement et le bar. Et pour se replonger dans l’atmosphère de l’époque, nous proposerons une palette d’images d’archives et même un petit bout de film où Vian chante sur sa terrasse à Paris, que nous projetterons juste après notre version. Et puis, il y a les échanges avec le public, que chaque musicien sera libre d’interpeller à loisir.

 

Quel est votre jeu de mot favori de Boris Vian?

«Il n’y a plus une pinute à merdre». Contrepèterie et anagrammes sont les exercices favoris de Boris Vian, qui y excelle, l’esprit tout le temps en travail. Si on fait le compte, il devait écrire au moins deux chansons par semaine, à côtés de ses romans et autres articles, mais aussi ses peintures et même une partie du mobilier de son appartement qu’il réalise de ses mains. Un jour, il écrira même quatre chansons en une heure, celles des premiers rocks français parodiques dont Henri Salvador signait la musique. Une productivité, mais un talent avant tout dont, rappelons-nous, la reconnaissance littéraire n’a eu lieu que bien après sa mort.

 

Propos recueillis par Alexandra Budde

 

On n’est pas là pour se faire engueuler, grand cabaret Boris Vian - Théâtre du Loup à Genève du 17 mai au 1er juin 2016

Renseignements et réservations au +41.22.301.31.00 ou sur le site www.theatreduloup.ch

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