Broadway s’invite au Galpon

«La comédie musicale, c’est l’opérette américaine»

 

Dans Kiss Me, Kate, la comédie musicale de Cole Porter, les acteurs répètent une adaptation musicale de La Mégère apprivoisée de William Shakespeare. Un célèbre metteur en scène engage son ex-femme, au fort tempérament, pour lui donner la réplique dans le rôle-titre, en vue de la reconquérir. S’ensuivent des chassés croisés amoureux et d’amusantes péripéties, pourtant la guerre des sexes n’aura pas lieu… Créé à New York en 1948, Kiss Me, Kate est resté à l'affiche pendant plus de 1000 représentations, un record récompensé par cinq Tony Awards, la plus haute récompense du théâtre de Broadway, attribuée pour la première fois à une comédie musicale.

Du 15 au 24 septembre, 19 chanteurs et 22 musiciens des Hautes écoles de musique suisses romande et italienne présenteront ce joyau musical et théâtral au Théâtre du Galpon à Genève. Depuis une dizaine d’années, les Hautes écoles de musique de Genève et de Lausanne créent, chaque année à tour de rôle, un spectacle d’envergure, afin de mettre ses étudiants sur la voie de la professionnalisation. À Genève, certains se souviendront de l’opéra consacré à la vie d’Anne-Marie Schwarzenbach, Le Ruisseau noir au Grütli en 2015 ou de L’Opéra de quat’sous de Bertolt Brecht au Galpon en 2013. Cette année, la HEM de Genève a invité le metteur en scène Christian Räth à participer à une aventure hors du commun. Interview.

 

Kiss Me, Kate est la première comédie musicale à avoir obtenu cinq Tony Awards en 1949. Quels ont été les ingrédients d’un tel succès?

C’est un ensemble de facteurs, mais je pense que cela tient exclusivement au style inimitable de Cole Porter qui en a fait un chef-d’œuvre complet. Tout d’abord, la richesse des rythmes et des styles qu’il emploie dans ses compositions, allant de l’opéra au swing en passant par le jazz et le tango, mais aussi par sa finesse d’esprit et son espièglerie. Que ce soit dans les paroles de ses chansons ou dans le texte déclamé, Cole Porter se fait porteur d’un message. Ici, en s’appuyant sur la fameuse Mégère apprivoisée de Shakespeare, mise en abime dans la pièce, l’auteur donne encore une autre dimension à sa création. C’est du musical de haut niveau, à la différence de certaines œuvres actuelles dans ce domaine qui ont un aspect beaucoup plus commercial et qui n’ont pas cette intelligence.

 

Avez-vous dû faire des adaptations par rapport au texte original?

Très peu, nous avons remis quelques termes désuets au goût du jour, mais rien de véritablement remarquable. Le texte parlé sera en français pour la bonne compréhension de chacun, mais les textes chantés seront en anglais tels qu’ils ont été écrits.

Nous avons surtout dû nous adapter au lieu, car la scène du Théâtre du Galpon est relativement petite. Nous avons donc choisi de développer ce côté intime, en laissant de côté la pléthore d’artifices techniques qu’un théâtre de Broadway ou de Londres utiliserait. Si nous ne cherchons pas à faire concurrence à ces scènes-là, nous comptons en donner tout l’éclat.

 

Vous êtes-vous inspiré de la première mise en scène de John C. Wilson à Broadway en 1948?

Oui et non car si c’est une œuvre dont je connais plusieurs productions, il m’est important de créer un spectacle qui reflète l’esprit de notre équipe de jeunes interprètes et exploite tous les moyens que nous avons à disposition. J’ai imaginé une version qui nous correspond, à cet esprit d’équipe que nous formons avec les étudiants, qui rejoint celui de la troupe de théâtre créant une nouvelle version de La mégère apprivoisée dans la pièce. Pour ce faire, les comédiens-chanteurs apparaîtront dans les scènes "de coulisse" de cette répétition, tels qu’ils sont dans la vie de tous les jours, comme transposés dans cet univers. Et pour marquer cette distance visuellement et dans le jeu, la partie qui aura trait à La Mégère apprivoisée en répétition s’inscrira dans les années 1960-70, une époque théâtrale et colorée, spécialement du côté vestimentaire, plus proche de nous que celle de Shakespeare.

 

 

Cole Porter a également vécu à Paris quelques années. Pourquoi le genre de la comédie musicale n’a-t-il pas eu le même succès en Europe qu’aux États-Unis à la même époque?

La comédie musicale, c’est l’opérette américaine. En Europe, nous avons beaucoup plus tendance à nous référer à la musique dite "sérieuse" en premier chef, mais en Amérique, l’entertainement, le divertissement, est depuis longtemps au-devant des scènes où la musique dite "légère", la fusion des genres et la performance sont de rigueur.

 

C’est la première fois que la HEM crée une comédie musicale?

Oui, c’est d’ailleurs un grand défi pour nous tous, les élèves de la HEM et l’équipe de production. Mais c’est un très joli défi car la comédie musicale donne l’occasion aux participants de montrer toute la palette de leur talent – en musique – et par leur présence scénique, puisqu’une comédie musicale mêle le chant à la danse et au théâtre.

Lorsque j’étais étudiant, il n’était pas question en musicologie qu’on parle de comédie musicale, ne serait-ce qu’en termes évocateurs. Aujourd’hui l’entertainement fait partie intégrante du paysage musical mondial, c’est pourquoi cet aspect disons "pratique", commence à entrer dans la formation des jeunes chanteurs aux États-Unis par exemple. Pour un jeune chanteur lyrique aujourd’hui, chanter ne suffit plus, il faut savoir danser et jouer la comédie, les frontières entre les genres s’amenuisant toujours plus.

 

Kiss Me, Kate est donc un vrai baptême du feu pour ces 19 chanteurs et ces 22 musiciens des HEM de suisses romande et italienne.

A travers cette expérience professionnelle, la direction de la Haute école de musique de Genève souhaite effectivement mettre en exergue d’autres aspects de leur future carrière et le résultat est bluffant tant certains se sont découverts sous un autre jour. Aujourd’hui, il est vital d’être à l’aise dans les disciplines connexes à la musique, car depuis une vingtaine d’année la concurrence s’accroit inlassablement parmi des artistes toujours plus complets, une réalité que les étudiants doivent appréhender.

 

Propos recueillis par Alexandra Budde

 

Kiss Me, Kate de Cole Porter dans une mise en scène de Christian Räth à voir au Théâtre du Galpon à Genève du 15 au 24 septembre 2017.

Renseignements et réservations au +41.22.321.21.76 ou sur le site www.galpon.ch

Kiss Me, Kate est une production de la Haute école de musique de Genève, en collaboration avec la Haute école de musique de Lausanne, le Conservatorio della Svizzera italiana et le Théâtre du Galpon.

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