Publié le 14/10/2016 à 18:24

Beauté: entre diktats et sex-appeal

«Même si on meurt trop vite, trop jeune ou trop bêtement, il en est ainsi, et pour aller bien on a intérêt à l’accepter comme quelque chose de juste.»

 


Dans La beauté, recherche et développement de Florence Muller et Eric Verdin, les canons ne sont pas ceux qu’on s’imagine. Après son triomphe au Avignon Off et à Paris au Petit Saint-Martin et au Théâtre du Rond-Point, cette comédie burlesque sera à l’Espace Vélodrome de Plan-les-Ouates le 20 octobre. Rencontre avec Florence Muller, alias Nicole, qui donnera la réplique à Brigitte, interprétée par Lila Redouane, deux guides aguerris "d’âge moyen" qui emmèneront le public dans une course folle à travers l’histoire de l’esthétisme entre normes actuelles et effroi du vieillissement, boxe, radotage et lapsus révélateurs.

 

 

A la source de cette pièce, un professionnel du spectacle qui vous conseillait de recourir à la chirurgie pour perdurer dans le métier à 40 ans. Que lui aviez-vous répondu?

Cet homme m’avait dit: «ça ne changera pas grand-chose et tu ne feras pas ton âge», comme si c’était une tare de faire son âge ou de ne pas être belle. J’étais tellement estomaquée que je n’ai pas su quoi lui répondre du tac au tac. Mais cette question méritait un droit de réponse que j’ai souhaité donner à travers mon mode d’expression le plus cher: le théâtre.

 

Vous avez écrit ce spectacle avec le comédien Eric Verdin, quel regard a-t-il porté sur cet univers plutôt féminin de la beauté?

La question ne s’est pas posée en ces termes, car en tant que comédien, il s’incluait dans cette pénibilité du regard machiste de nos sociétés qui mettent la beauté féminine à toutes les sauces. Sans sexe, sans âge, nous n’avons fait ni plus ni moins que notre travail d’acteur, alternant les rôles en improvisation jusqu’à trouver les personnages qui allaient pouvoir parler de tout ce que représente la beauté aujourd’hui; en dehors de la plastique bien sûr. Au final, il s’avère même qu’Eric est un homme bien plus romantique et tolérant que je ne le suis.

 

La pièce traite cependant largement du "lifting trompe-la-mort".

Je me suis toujours demandée comment ces femmes liftées arrivaient à gérer l’épouvante qu’elles génèrent. Car en effet, ce que leurs visages indiquent à travers leurs traits figés, c’est la peur de vieillir, donc de mourir. La vie est faite pour apprivoiser sa nature profonde et accepter de vieillir fait partie du jeu; c’est même là pour moi où réside toute sa beauté. L’expression: «il est mort de sa belle mort» illustre bien ce propos; celle-ci est naturelle. Même si on meurt trop vite, trop jeune ou trop bêtement, il en est ainsi, et pour aller bien on a intérêt à l’accepter comme quelque chose de juste. C’est de la vie dont il est question ici, de cette puissance qui rayonne autour d’elle et de l’humanité qui la compose, bercée entre le noir et le blanc et tous les tons qui les séparent.

 

 

Quel type de femmes sont Brigitte et Nicole avec qui nous partageons ce "parcours beauté" insolite?

Ces femmes sont justement les dignes représentantes de notre société, telles le duo de l’auguste et du clown blanc. Ce sont deux guides diplômées, affiliées depuis des années à la visite de de ce musée de la beauté. Pourtant leur parcours habituel va dérailler et elles vont tomber dans des chausse-trappes et des imprévus révélant leurs vraies natures dans le chaos: pour l’une fébrilité et lâcheté, pour l’autre bravoure et volonté. C’est de ces accidents que naitra la beauté, celle qui est imparfaite et terriblement humaine. Car l’une a besoin de l’autre pour exister, comme les deux facettes d’une personnalité.

 

Vous questionnez anonymement les spectateurs par le biais de petits billets à l’entrée du spectacle, comme vous l’avez fait au début de l’écriture de cette pièce au sujet de la beauté. Que représente-t-elle pour vous?

La beauté revêt mille aspects, dont celui de partager des pensées intimes avec les spectateurs. C’est peut-être se rendre compte que chaque jour est une grâce, qu’après l’hiver vient le printemps ou simplement être conscient de ce qui se joue réellement dans la vie. La beauté peut aussi se trouver dans le fait de faire des pas de côté, de désobéir, d’oublier sa famille, pour exister toujours davantage. La beauté n’est liée ni à l’apparence ni aux diverses modes, elle est surprenante, déstabilisante, et nécessite une certaine forme d’abandon. Mais avant tout, la beauté c’est de savoir rire de tout, comme vous le verrez dans le spectacle.

 

Propos recueillis par Alexandra Budde

 

La beauté, recherche et développement, un spectacle de Florence Muller et Eric Verdin à découvrir à l’Espace Vélodrome à Plan-les-Ouates le 20 octobre 2016. Renseignements et réservations sur le site de la commune de Plan-les-Ouates www.plan-les-ouates.ch

Carolina Eyck - ContrechampsEt j'ai crié... Aline - TFM