Publié le 15/04/2019 à 18:56

Au cœur de l’individu avec Out of the Box

«Tant que vous exprimez le souhait d’inclusion, c’est qu’il y a un déséquilibre»

 

La 4e biennale des arts inclusifs à Genève se décline du 20 au 26 mai entre danse, théâtre, cinéma et expositions, conférences, rencontres et ateliers. Unique en Suisse romande, Out of the Box a pour but de repenser la relation entre l’art et le handicap en brisant les limites imposées par nos héritages culturels discriminants. Entre Le Théâtre du Grütli, celui de La Comédie, le laboratoire d'art contemporain Andata.Ritorno, la Villa Dutoit et la Fondation Bodmer, le talent se conjugue au présent des sensibilités de ces artistes locaux et internationaux.

Zoom sur la partie danse du festival avec la chorégraphe Uma Arnese, qui partage la direction artistique de la biennale, depuis sa création en 2013, avec Teresa Maranzano, Nicole Reimann et Florence Terki.

 

Avec Meet Fred cette saison au TMG, spectacle co-produit par les compagnies britanniques Hijinx Theatre (spécialisée dans le théâtre inclusif) et Blind Summit (spécialisée dans le théâtre bunraku), ou l’an dernier avec la création de Happy Island, fruit de la rencontre entre la chorégraphe La Ribot et la Compagnie de danse inclusive de Madère Dançando com a Diferença présentée au Grütli durant le festival de La Bâtie, il semble que le théâtre inclusif intègre de plus en plus les saisons des institutions culturelles. Est-ce le signe qu’un pas de plus est en train d’être franchi dans la démarche qui est à l’origine du festival?

Si la création du festival Out of the Box a débuté avec une mission de sensibilisation, notre but est qu’il devienne un événement de pure découverte artistique. C’est pour cette raison que nous avons souhaité reprogrammer Happy Island, une pièce chorégraphique de qualité, emblème de l’intérêt que des artistes reconnus comme La Ribot peuvent avoir envers des artistes en situation de handicap.

 

Est-ce plus ou moins facile selon disciplines?

Je ne pense pas que la question se pose en ces termes. Le handicap est tellement réducteur et définit si peu les personnes. Chaque être humain a ses particularités, ses difficultés et ses talents. On ne peut pas généraliser, car on peut faire beaucoup avec chaque personnalité.

 

La danse sera à l’honneur au Grütli durant trois soirées consécutives.

Happy Island ouvrira les festivités le soir du 21 mai en entraînant le spectateur dans un rêve vécu entre fiction et réalité, un acte de communion d’une liberté revendiquée, prémices en quelque sorte de la soirée du lendemain consacrée aux femmes en danse. On découvrira le spectacle de la danseuse-chorégraphe franco-algérienne Lila Derridj, Une bouche. À contrecourant de la vision dominante du corps véhiculée par les médias, ici c’est un corps contorsionné, fragmenté, morcelé, hybride et sexué qui est mis en avant pour questionner les formes que revêt le pouvoir dans ce qu’il a de discriminant. En deuxième partie de soirée, la Mozambicaine Maria Tembe mise en scène par Panaibra Gabriel Canda poursuivra la réflexion avec un solo qui, comme un hymne provocant à l’affirmation de soi, donne une réponse à la violence et à la discrimination créées par la société, ou tout simplement par les singularités du corps. Car il est important de souligner qu’être en situation de handicap et être une femme suivant où l’on habite peut s’avérer très difficile, et ce sont des situations dont nous devons nous faire le relais.

Ces trois pièces ont été choisies dans le Réseau IntegrART, projet de réseau du Pour-cent Culturel Migros, créé en 2007 sur l’initiative d’Isabella Spirig, également directrice du festival de danse Steps. Le but d’IntegrART est de fédérer les festivals inclusifs de Berne, Lugano, Bâle et Genève, et avoir la possibilité d’accueillir des spectacles du monde entier. D’ailleurs, IntegrART, tout comme Out of the Box, porte le label «Culture inclusive» depuis l’été 2018 et a reçu à l’automne 2018 le Swiss Diversity Award pour l’art.

 

 

Le dernier soir, le plateau de la grande salle du théâtre du Grütli se transformera en piste de danse où tout le monde est invité à participer.

La «Soirée spéciale danse inclusive» est une soirée festive placée sous le signe fédérateur de la danse, un projet soutenu par l’Office Fédéral de la Culture. Elle débutera avec une performance des étudiants de la section master et bachelor de l’Université de Zurich, créée à la suite d’un workshop où, dans leur cursus de formation professionnelle, ils se sont confrontés au thème de l’inclusion.

Ensuite, nous assisterons à une conférence dansée, Ma vie sans bal, du Réunionnais Éric Languet, ancien danseur de l’Opéra de Paris, fort d’une expérience de quinze ans en danse inclusive, mais dont l’intérêt porte depuis toujours sur l’individu, comment il se détermine au quotidien, comment il se situe par rapport à l’autre, aux autres, à la norme ou l’anormalité. Au terme de la conférence, nous serons invités par les artistes de sa compagnie, danses en l’R, et par les étudiants de l’Université de Zurich au Bal divers, un petit atelier où des professionnels nous apprendront une petite chorégraphie avant que le groupe Gypsy Sound System Orkestra prenne le relais pour nous faire danser le reste de la soirée.

 

Cette année, vous avez convié à L’Atelier de critique théâtrale (UNIL), qui fait partie du programme Master de «Dramaturgie et histoire du théâtre» commun aux Universités de Fribourg, Genève, Lausanne et Neuchâtel à l’événement. Encore un pas de plus sur le chemin du festival?

C’est une première. Et le fait qu’ils aient souhaité couvrir le festival est encore un signe que l’intégration se fait. Tant que vous exprimez le souhait d’inclusion, c’est qu’il y a un déséquilibre. C’est la même chose pour toutes les autres causes. On parle beaucoup de celle de la femme actuellement, mais parce qu’il subsiste des déséquilibres, comme la différence de salaire suivant le sexe, ce qui, au 21ème siècle, paraît une aberration dans notre société en particulier. Mais les choses évoluent lorsqu’on lève les barrières une à une et les arguments tombent parce qu’il n’y a plus de discrimination. Une homme comme le metteur en scène et acteur de théâtre italien Pippo Delbono n’a jamais utilisé le mot «intégration» alors qu’il entamait un cycle de pièces élaborées avec des pensionnaires d'asiles psychiatriques en 1997, dont la pièce Barboni reçut le Prix spécial Ubu pour la recherche à la frontière entre l'art et la vie, ainsi que le Prix de la critique 1998. L’Atelier de critique théâtrale nous livrera ses chroniques dans une totale liberté de parole. Leurs textes feront l’objet d’un ou plusieurs échanges pédagogiques et critiques avant d’être publiés sur le site www.ateliercritique.ch

 

Propos recueillis par Alexandra Budde

 

Biennale Out Of The Box, Genève du 20 au 26 mai 2019.

Programme complet et réservations sur le site biennaleoutofthebox.ch

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