Publié le 26/08/2016 à 20:08

Anniversaire à Collonge-Bellerive

Entre voyage et partage, les 15 ans de L’épicentre

 


A 10 km du centre-ville de Genève, à Collonge-Bellerive, l’épicentre se démarque par une programmation pointue de talents nationaux et internationaux. Entre musiques du monde, pop folk, jazz, humour et chanson, Habana Abierta, Tigran Hamasyan, LynM, Laurent Nicolet ou Jérémie Kisling sont autant d’artistes à avoir foulé la scène intimiste de cette vielle ferme réaménagée en pôle culturel. Le 3 septembre, ce lieu magique et convivial fêtera ses 15 ans d’existence avec un concert exceptionnel imaginé par le programmateur Stéphane Radice et toutes les personnes qui l’entourent. Petit tour d’horizon.

 

 

Rappelez-nous comment cette ancienne ferme est devenue une salle de spectacle?

Lorsque les frères Margand ont cessé leur activité, ils ont souhaité céder cette ancienne ferme à la commune, à la condition qu’elle soit transformée en un lieu culturel. La commune décide alors de profiter du confort acoustique naturel de la bâtisse pour en faire une salle de spectacle pouvant accueillir tous types de spectacles et du cinéma. Un centre culturel dans une ancienne ferme villageoise: l’épi…centre. Un corps de bâtiment neuf est venu jouxter la ferme une année après, devenant la clef de voûte des nombreuses associations locales et nos bureaux.

 

A votre arrivée en 2004, quelles étaient vos souhaits pour l’épicentre à ce moment-là?

J’ai été engagé lorsque Christine Maitre était en charge de la culture, afin de donner un rayonnement culturel plus large à l’épicentre, ce que je me suis attaché à faire avant toutes choses. Le clown Dimitri et Pascal Auberson avaient déjà été programmés et le cycle de cinéma prenait place dans une saison déjà bien organisée. J’y ai ajouté mon expérience de programmateur et mes contacts dans la musique du monde. Après avoir fait venir plusieurs stars internationales, nous avons choisi de travailler également avec des artistes locaux, mais d’une manière différente, c’est-à-dire en leur proposant de concevoir un spectacle spécialement pour l’épicentre, en les murs. Ce qui a donné naissance aux résidences dès 2010 avec Aloan, puis Pierre Omer et les Night Cruisers, Jonas, LynM ou dernièrement Orioxy.

 

Quel bilan après 15 ans d’exercice?

Le bilan est plus que positif puisque aujourd’hui nous avons conquis un public fidèle venant de Collonge-Bellerive, des communes environnantes, du centre-ville, du canton de Vaud et de France voisine; lesquels ont déjà réservé leurs places pour cette grande fête du 3 septembre, comme une personne du midi de la France. La commune nous donne également davantage de moyens techniques et financiers pour amener plus de têtes d’affiche. Enfin, Paradiso et la RTS nous ont permis d’asseoir notre programmation dans un paysage culturel fourni.

 

Concernant cet anniversaire, vous dites: «On a fait le choix du cœur en invitant des artistes particulièrement attachants prêts à tout pour faire de cette fête un moment magique». Qui est ce «on» et comment avez-vous imaginé cette soirée pas ordinaire?

C’est surtout Gaspard Rothacher et moi. Je choisis les groupes, mais toujours en consultant mon collaborateur avec qui je partage toutes les tâches du service culturel. En passant ces 15 dernières années en revue, un thème s’est tout de suite dégagé, celui du voyage. Et comme voyage rime avec partage, nous avons décidé de créer une grande rencontre entre artistes nationaux et internationaux durant deux jours de résidence à l’épicentre. Leur première rencontre cet été à Genève pour préparer l’événement s’étant révélée fort effervescente, on peut s’attendre à de grands moments de musique le 3 septembre.

Avec les Marseillais de Radio Babel, créole (Fred Camprasse), arabe (Mehdi Laifaoui), espagnol (Gil Aniorte-Paz ) ou encore dialecte africain (Willy le Corre) se croiseront sur le rythme d’un beat boxer (Matthieu Jacinto dit "Joos") pour ce voyage autour du monde en compagnie de nos artistes locaux: la violoniste et chanteuse cubaine Yilian Cañizares, le joueur de tres cubain (dérivé de la guitare espagnole) Shama Milan, la chanteuse israélienne Yael Miller, le troubadour genevois Jonas et le fameux trompettiste Yvan Baumgartner. Avant cette prestation unique, nous avons eu envie de réinviter l’argentine Natalia Doco qui nous fait l’honneur de venir, alors qu’elle n’est pas en tournée, pour un concert guitare-voix accompagnée de la trompette de Camille Passeri. Elle a choisi à son tour d’inviter l’australienne Emilie Gassin, guitare-voix, qui sera accompagnée de Benjamin Violet au violon et à la basse.

 

 

Qu’exprime la musique du monde que vous affectionnez tant?

Le terme a tendance à être de plus en plus galvaudé, pourtant je l’utilise comme bon nombre de personnes faute de mieux. D’autres parlent de "sono mondiale", mais c’est un vrai débat d’ethnomusicologie dans lequel je ne veux pas entrer. Disons que ce sont des musiques avec un fort ancrage traditionnel qui peuvent évoluer au gré des rencontres et mêmes des technologies. La tradition peut très bien côtoyer les musiques actuelles comme le hip hop, le folk ou le rock et réciproquement. Par exemple, l’image qu’on se fait du folk est celle d’une musique contestataire, guitare-voix qu’on trouvait aux prémisses du Paléo (Folk Festival), pourtant la scène actuelle nous démontre que le style a effectivement évolué. La venue récente des Israéliens de The Angelcy dans ce festival avec un esprit folk intégré aux musiques d'origine klezmer en est un bel exemple.

Ce que j’apprécie tout particulièrement, indépendamment de la dénomination de musique du monde ou world music, c’est de découvrir une culture d’une autre façon que par son architecture ou sa nourriture. Et c’est avant tout la rencontre humaine, car les artistes de world sont très souvent de grands voyageurs et leur musique véhicule leur histoire de nomade, l’histoire de beaucoup d’entre nous, binationaux, expatriés, voyageurs ou exilés. La multi-culturalité est notre quotidien, et cette musique en est le reflet fidèle toujours actualisé.

 

Plus largement, par quoi sont guidés vos choix de programmation et particulièrement pour cette première partie de saison?

Beaucoup de feeling et d’intuition bien sûr, mais disons que cette première partie de saison n’est pas représentative d’une programmation habituelle: nous avons décidé de prolonger cet anniversaire, car une soirée ne suffisait pas pour inviter tous les artistes qui nous avaient particulièrement touchés. Nous retrouverons donc Faada Freddy le 8 octobre pour une soirée spéciale acoustic soul, où il partagera la scène avec deux chanteuses exceptionnelles, Patricia Essong et Licia Chery. Mark Kelly, qu’on entend beaucoup à la radio en ce moment, nous reviendra le 5 novembre, comme Piers Faccini le 17 novembre, et le duo Malia Manoukian le 3 décembre, tous avec des projets inédits. Le public découvrira aussi une artiste que nous souhaitions inviter depuis longtemps, Amparo Sánchez le 19 novembre. Connue pour avoir tourné comme chanteuse du groupe Amparanoïa produit par Manu Chao, elle propose un rock rumba très festif et très lumineux que nous adorons, qui devrait toucher les spectateurs en plein cœur.

 

Propos recueillis par Alexandra Budde

 

L’épicentre à Collonge-Bellerive fête ses 15 ans avec Emilie Gassin, Natalia Doco, Radio Babel et invités - samedi 3 septembre dès 19h00

Renseignements et réservations au +41 22 855 09 05 ou sur le site www.epicentre.ch

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