Publié le 15/03/2019 à 13:12

A Plan-les-Ouates, Leyla McCalla chante le blues du capitaliste

«On se sent tous enfermés dans une cocotte-minute dans ce pays.»

 

Leyla McCalla sera le 20 mars à l’Espace Vélodrome de Plan-les-Ouates à Genève où elle présentera son troisième album, The Capitalist Blues (Jazz Village / Pias), sorti ce début d’année. Dans la lignée de son deuxième album A Day for the Hunter, A Day for the Prey (2016), la New-Yorkaise originaire d’Haïti livre onze titres engagés, inspirés du climat politique américain actuel et des problèmes de société qui en découlent. Dans ses textes, elle interroge la condition de l’homme réduit à l’état de marchandise, qui à son tour questionne sa vie et son art même.

The Capitalist Blues se démarque de la folk dépouillée de ses précédents albums où elle s’accompagnait seule au violoncelle, au banjo ou à la guitare. Entourée d’un trio de musiciens, Leyla McCalla joint à présent à sa joie communicative une musique plus riche et plus festive.

 

«On se sent tous enfermés dans une cocotte-minute dans ce pays», raconte Leyla McCalla. Pour autant, elle n’oublie pas de célébrer la vie, à la base de toute création, et la Nouvelle-Orléans, sa ville d’adoption depuis 2010.

Après ses débuts comme violoncelliste dans le groupe afro-américain Carolina Chocolate Drops, ses compositions ont toujours traité des réalités de la vie auxquelles elle est confrontée. Si elle a pu explorer les questions d'identité créole haïtienne dans ses précédents albums, sa proximité grandissante avec la communauté musicale de la Nouvelle-Orléans l’a amenée à décrire la relation qu’elle entretient avec elle aujourd’hui dans The Capitalist Blues.

Pour la première fois, elle enregistre avec un groupe, un choix qui s’est fait spontanément après que le producteur Jimmy Horn lui demande de chanter lors d’une session avec son célèbre groupe, King James and The Special Men. A l’époque, elle a déjà de nouvelles chansons en stock, lesquelles vont prendre, après cette rencontre, des tonalités de blues swing pour le titre ayant donné son nom à l’album, de R&B vintage de la Nouvelle-Orléans sur la chanson Me and My Baby, ou de calypso dans celle de Money is King.

 

Contest songs

Dans The Capitalist Blues, il est bien sûr question de problèmes financiers comme dans le titre Money is King, mais aussi des pressions auxquelles la population fait face. Par le biais de la métaphore, elle dépeint ce fameux rêve américain qui vire au cauchemar. Tantôt de manière sous-entendue, tantôt de façon très tangible et personnelle comme dans Heavy a Lead, qui aborde le thème de la menace que représente la pollution des sols par le plomb, un problème devenu très concret pour Leyla lorsque sa fille fut elle-même contaminée.

Leyla McCalla veille aussi à toujours chanter en créole haïtien, qu'elle considère comme un «langage de résistance», et explore plus en profondeur le lien qui unit la Nouvelle-Orléans et Haïti. On se souvient de son premier album, Vari-Colored Songs, un hommage au poète, nouvelliste, dramaturge et éditorialiste américain Langston Hughes (1902-1967), très impliqué dans le mouvement culturel communément appelé Renaissance de Harlem qui a secoué ce quartier de New York dans les années 1920. Car c’est cet homme qui lui a donné envie de devenir une artiste et de porter sa propre culture. Elle s’inscrit ainsi comme une digne héritière d’Alan Lomax (1915-2002), connu pour avoir collecté la musique des États-Unis et des Caraïbes, et des pays européens qui ont influencé cette musique.

 

 

A bonne école

Les parents de Leyla McCalla sont nés en Haïti. Son père Jocelyn McCalla a été le directeur exécutif à New York de la Coalition nationale pour les droits des Haïtiens de 1988 à 2006. Sa mère, Régine Dupuy, est arrivée aux États-Unis à cinq ans. Elle est la fille de Ben Dupuy, qui dirigeait Haïti Progrès, un journal socialiste haïtien basé à New York. Plus tard, elle rejoindra Dwa Fanm, une organisation contre les violences domestiques.

Leyla McCalla est née à New York et a grandi dans le New Jersey. Adolescente, elle vit deux ans à Accra au Ghana. Après une année au Smith College, elle entre à l'Université de New York pour étudier le violoncelle et la musique de chambre, jusqu’en 2010, où elle décide de s'installer à la Nouvelle-Orléans et commence à jouer dans les rues.

The Capitalist Blues est le troisième album de Leyla McCalla que la Ville de Plan-les-Ouates vous invite à découvrir à l’Espace Vélodrome le 20 mars 2019.

 

Propos recuillis par Alexandra Budde

 

Leyla McCalla en concert à l’Espace Vélodrome de Plan-les-Ouates le 20 mars 2019. Renseignements et réservations sur le site de la commune www.plan-les-ouates.ch

Théâtre des Marionnettes de Genève - ZL’Orchestre de Chambre de Genève - Présences suisses