Publié le 03/11/2017 à 10:53

A Plan-les-Ouates, l’île rêvée de Piers Faccini

Un globetrotter humaniste en concert à l’Espace Vélodrome de Plan-les-Ouates

 


«Quand j’écris mes chansons, j’ai l’impression d’appartenir à un pays imaginaire ou un genre de no-man’s land». Auteur-compositeur-interprète, peintre et photographe anglo-italien né en 1970, Piers Faccini sera sur la scène de l’Espace Vélodrome de Plan-les-Ouates le 9 novembre 2017. Après Between Dogs and Wolves en 2013, il viendra présenter son sixième album I Dreamed an Island sorti fin 2016, inspiré de la danse étroite et intime qui se livre entre Occident et Orient. Au plus près de ses racines, les traditions culturelles méditerranéennes millénaires le fascinent par leur aspect multiculturel, touchant aussi bien aux mondes grec et latin que berbère ou arabe.

 

Vaisseaux spatiaux aux multiples voix ou tout simplement carnets de voyages, les chansons de Piers Faccini fouillent au plus près de ses racines (les Faccini seraient, selon une théorie familiale, originaires de Fès au Maroc en passant par la Sicile). Toujours à l’affût de trouvailles musicales, il cherche constamment à marier ou à créer des ponts entre divers styles musicaux, comme dans ses précédents albums, où ses chansons exploraient la relation entre un songwriting anglophone et les rythmes africains. «Pour ce nouvel album, j’ai eu envie de naviguer un peu plus loin dans les eaux du sud de l’Europe, de me concentrer sur ces moments de l’Histoire où les cultures et les traditions ont convergé et se sont croisées. J’aime la musique méditerranéenne depuis des années, autant que les sons de l’Afrique du Nord et de l’Ouest. Quand j’ai commencé à écrire cet album, j’étais fortement inspiré par le sud de l’Espagne, par Cordoue à l’époque du Califat, et la Tolède médiévale. Puis mon frère – l’écrivain Ben Faccini – m’a parlé de l’histoire de la Sicile sous le règne des Normands au 12ème siècle. Sur ses conseils, j’ai commencé à lire l’ouvrage de John Julius Norwich consacré à la Sicile médiévale, une époque remarquable de l’histoire européenne qui m’a rapidement captivé».

 

UN PÈRE ITALIEN ET UNE MÈRE ANGLAISE

A cinq ans, Piers Faccini emménage en France, où il vit aujourd’hui, effectuant tout de même une partie de sa scolarité au collège d'Eton en Angleterre. Il fait ses débuts sur la scène londonienne en 1997 avec Francesca Beard avec qui il fonde le groupe Charley Marlowe, rapidement rejoints par le percussionniste Frank Byng et le guitariste Lucas Suarez. En 2001, le groupe se sépare, l’occasion pour Piers Faccini de produire sa propre musique, matérialisée en 2004 par un premier album entre folk et blues intitulé Leave no trace (Label Bleu). Sorti en 2006, son deuxième album Tearing Sky est produit par JP Plunier, producteur attitré de Ben Harper dont Piers Faccini fera la première partie la même année. Sélectionné pour le prix Constantin, son troisième opus Two grains of Sand est aussi élu par les auditeurs de France Inter meilleur album de l’année 2009. Également plasticien depuis le début des années 1990, il créé les pochettes de ses albums My Wilderness (2011) et Between dogs and Wolves (2013) en papiers découpés et réalise plusieurs de ses clips, dont certains suivant la technique du stop motion. Avec la création de son label Beating Drum en 2013, Piers Faccini soutient une approche inventive et personnelle de la production musicale, mêlant notamment arts visuels et narration en direct avec les internautes à travers les réseaux sociaux, touchant une communauté interactive plus large et plurielle à travers le monde.

 

 

«QUAND ON OUBLIE D’OÙ ON VIENT, ON PREND LE RISQUE DE RAPIDEMENT OUBLIER QUI ON EST ET OÙ ON VA»

«Les sociétés multiculturelles et multiraciales sont typiques de la civilisation européenne d’aujourd’hui, et cependant on a souvent tendance à croire que c’est un phénomène récent. Or comme le démontre l’exemple de l’Espagne et de la Sicile médiévales, ce multiculturalisme est le socle de la civilisation européenne. Même si ces épisodes brillants ont connu une fin, ils ont bel et bien existé, et persistent comme des traînées lumineuses dans la nuit.»

Les tensions politiques actuelles qui se cristallisent autour des trois grandes religions monothéistes, ainsi que les discours négatifs véhiculés par les médias sur notre époque, l’ont poussé à s’informer davantage sur l’histoire commune des peuples et des religions en Europe. «J’ai d’abord été intrigué par la ville de Cordoue et la région du sud de l’Espagne qui fut nommée Al Andaluz au 8ème siècle par les Umayyades, originaires de Damas. Je me suis particulièrement intéressé à la culture arabo-normande, née de la conquête par les Normands de la Sicile à partir de 1061, et ce jusqu’aux environs de 1250. Cette civilisation, comme celle d’Al Andaluz en Espagne, a généré de nombreux échanges dans les domaines culturels et scientifiques, lesquels ont été rendus possibles grâce à la tolérance dont les Normands firent preuve envers la population hellénophone et les colons musulmans. Les Normands ont ainsi fait de la Sicile un carrefour entre les cultures latino-chrétienne, gréco-byzantine et arabo-islamique». L’album est néanmoins plus une œuvre de fiction, voire une utopie musicale, l’histoire lui ayant permis de trouver des sources d’inspiration originales dans les textes et les compositions ainsi que dans les choix d’instrumentation.

«Je joue en concert depuis 2009 essentiellement en duo avec le batteur et percussionniste italien Simone Prattico. A nous deux, nous avons créé un style et une dynamique sur scène qui constituent les fondations des morceaux de ce nouvel album». Sur cette base rythmique de percussions et de guitares se pose en clin d’œil à la riche histoire de la dynastie arabo-normande en Sicile, une série de couches instrumentales et vocales, notamment avec la participation du violoniste tunisien Jasser Haj Youssef, du groupe Canzoniere Grecanico Salentino, du multi-instrumentiste Loy Ehrlich et du contrebassiste Chris Wood, apportant chacun sa touche à un album multi-langues, aux multiples couleurs.

 

Alexandra Budde

 

Piers Faccini en concert à l’Espace Vélodrome de Plan-les-Ouates le 9 novembre 2017 à 20h00.
Avec Simone Prattico (batterie, xylophone midi) et Malik Ziad (guembri, mandole).

Renseignements et réservations sur le site de la commune www.plan-les-ouates.ch

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