Publié le 13/06/2018 à 10:59

A Collonge-Bellerive, le classique se met au vert

«Ce sont tous mes coups de cœur, sinon je ne les inviterai pas. J’ai déjà rencontré les artistes, je les ai déjà vu en concert. Il est très rare que j’invite un musicien ou un ensemble que je n’ai pas entendu.»

 

Le Festival de Bellerive se tiendra du 9 au 16 juillet dans le domaine de la Ferme de Saint-Maurice à Collonge-Bellerive. La manifestation tient la promesse de permettre de redécouvrir Brahms, Mozart, Schumann, Beethoven (et quelques autres!) dans un site arborisé avec vue sur le Léman. La fondatrice et directrice de la manifestation, Lesley de Senger est régulièrement saluée pour sa programmation accordée avec le génie des lieux. Et surtout pour sa capacité à régulièrement attirer sur scène les très grands talents de demain.

En interview, elle rappelle avoir commencé dans son jardin avec des concerts de piano – «C’était la seule chose que je connaissais un peu» – avant de se laisser convaincre dans un deuxième temps d’élargir à la musique de chambre – «Dont j’ignorais pratiquement tout»! Tout le monde essaie de la croire. Plus de trente ans après ses débuts, le festival est attendu, comme un classique du cœur de l’été.

 

Le Festival de Bellerive a la réputation de présenter des grands solistes de demain.

Lesley de Senger. Oui, nous avons eu la chance d’avoir les pianistes Piotr Anderszewski, Leif Ove Andsnes ou encore Andràs Schiff, avant qu’ils ne soient connus. Et l’année dernière, nous avons pu entendre le très jeune Alexandre Malofeev.

 

Comment cette mission de programmatrice, que vous assumez depuis si longtemps, a-t-elle influencé votre approche de la musique?

J’ai appris énormément, bien entendu. A la base, j’ignorais pratiquement tout du quatuor à cordes, et là, je suis en Masterclass du matin au soir!

 

Il a été écrit que le festival était aussi celui de votre mari, le chef d’orchestre Gábor Takàcs-Nagy.

Je l’engage toujours pour le premier et le dernier concert, mais ce n’est pas lui qui s’occupe de la programmation. Nous pouvons en parler mais il ne peut rien m’imposer ou me retenir d’inviter un ensemble qui me plaît. Par ailleurs nous sommes toujours d’accord sur tout.

 

Le Festival est plus largement une aventure de famille.

Oui, c’est très sympathique de travailler avec mes enfants. Tous viennent ou ont donné des coups de mains. Au quotidien, pour écrire des textes… Ma fille, qui avait terminé l’Ecole hôtelière de Lausanne est venue gérer le bar avec ses amies. En plus de 30 ans, beaucoup de gens ont collaboré. Pour l’anecdote, en lisant la presse, il m’arrive de reconnaître, dans un article consacré au CEO d’une société de la région, un ancien barman!

 

 

La soirée du 11 juillet témoigne d’une relation durable entre le Verbier Festival et le Festival de Bellerive.

D’habitude nous invitions le Verbier Festival Chamber Orchestra, qui venait donner, à quelques jours de distance, le même concert qu’à Verbier. Ce n’est pas possible cette année, en raison de leur programme. Ils préparent La Création de Haydn, qui nécessite notamment un grand chœur, et nos infrastructures ne nous permettent malheureusement pas d’accueillir un ensemble de cette importance. D'où l'idée d'inviter des membres de l'orchestre pour interpréter un répertoire de musique de chambre.

 

Et vous, que préférez-vous?

Ce que je ne connais pas. Ce soir je vais écouter L’enfance du Christ de Berlioz, à Genève (n.d.l.r.: le 5 juin dernier au programme de l’OCG). Cela m’intéresse énormément de le découvrir.

 

Quel est votre coup de cœur de cette édition du festival?

Ce sont tous mes coups de cœur, sinon je ne les inviterai pas. J’ai déjà rencontré les artistes, je les ai déjà vu en concert. Il est très rare que j’invite un musicien ou un ensemble que je n’ai pas entendu.

 

Êtes-vous à la recherche d’un équilibre idéal pour votre semaine de concerts?

Bien sûr, mais dans la pratique, il est difficile de faire abstraction du fait que le public se déplace pour entendre ce qu’il connaît et ce qu’il aime. Nous verrions sans doute beaucoup de nouveaux visages si nous programmions le Requiemde Mozart… A contrario, il est difficile de proposer des compositeurs d’avant-garde. Les concerts de cette année sont assez équilibrés, nous ne proposons rien de bien redoutable.

 

La matinée Danses et Folklores, le dimanche 15 juillet, est tout de même assez inattendue.

C’était mon idée. L’accordéoniste Martynas Levickis était déjà venu deux fois. Je lui ai écrit pour lui demanders’il pouvait venir jouer de la musique folklorique lithuanienne. Il était en Chine, il m’a répondu qu’un compositeur lui avait justement proposé de lui écrire des arrangements pour musique folklorique de son pays. Une coïncidence incroyable, il y a vu un signe! Je vais cette fois-ci découvrir le résultat en même temps que les spectateurs!

 

Vous avez donc favorisé une création!

Je n'y suis pour rien, c'est une idée qui m'est venue.

 

Vous n’acceptez aucun compliment?

Non-non, si j'estime avoir fait vraiment quelque chose de bien, oui.

 

Par exemple?

Créer un festival et le diriger, depuis maintenant 33 ans, je trouve que c’est pas mal!

 

Propos recueillis par Vincent Borcard

 

Festival de Bellerive, du 9 au 16 juillet 2018, dans le domaine de la Ferme de Saint-Maurice à Collonge-Bellerive.

Programme détaillé et réservations sur le site www.bellerive-festival.ch

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