Publié le 07/01/2016 à 11:02

Mozart, Bloch et Martin à l’honneur

«J’ai eu l’occasion de jouer plusieurs fois avec ce superbe duo et je me délecte de le faire connaître au public genevois»

 


Le directeur artistique et musical de L’Orchestre de Chambre de Genève, Arie van Beek, a concocté un programme subtil pour le troisième concert de soirée de L’OCG aux Bâtiments des Forces Motrices (BFM) de Genève le 14 Janvier. Intitulé Mozart et la Suisse, il fera la part belle aux compositeurs suisses Frank Martin et Ernest Bloch, dont l’inspiration du maestro des maestros, deux siècles plus tard, jamais ne se tarit. Le chef néerlandais Jurjen Hempel conduira l’Orchestre entouré du duo Jatekok venu de France, les pianistes Adélaïde Panaget et Naïri Badal.

 

 

Depuis sa nomination à L’OCG il y a trois ans, Arie van Beek veille à ce que chaque année les trois compositeurs suisses, Frank Martin (1890-1974), Arthur Honegger (1892-1955) et Ernest Bloch (1880-1959), soient joués par l’Orchestre. «C’est en cherchant dans l’immense catalogue de Frank Martin que j’ai trouvé cette pièce, Ouverture en Hommage à Mozart (1956), que je ne connaissais pas». Créé pour une émission spéciale de la Radiodiffusion suisse à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Mozart le 10 décembre 1956, ce morceau ne devait pas excéder 7 minutes. Débutant à la manière des Noces de Figaro, cette pièce est constituée des trois parties traditionnelles (vif-lent-vif). Une mise en bouche idéale pour cette soirée dédiée à Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), dont L’OCG, par son effectif, se veut l’ambassadeur passionné. Le chef Jurjen Hempel la mènera pour la première fois. «Je suis très heureux de revenir à Genève où j’ai dirigé il y a quelques années l’Ensemble Contrechamps, et qui plus est pour jouer des compositeurs suisses bien trop peu créés». Premier prix au Concours de chefs d’orchestre Sibelius en 1996 à Helsinki, il est le directeur artistique et musical du Joensuu City Orchestra (Finlande) depuis août 2013. Jurjen Hempel a notamment suivi des études de direction avec David Porcelijn au Conservatoire d'Utrecht. Le même professeur qu’Arie van Beek avait eu au conservatoire de Rotterdam. «Un professeur que Jurjen et moi avons plaisir à revoir chaque année lors d’une soirée aux Pays-Bas», raconte le directeur musical de L’OCG.

 

Deux pianos pour les quatre mains du duo Jatekok

Formé en 2007 par les pianistes Adélaïde Panaget et Naïri Badal, le duo Jatekok s’impose comme l’un des plus prometteurs de sa génération. Après avoir remporté le Concours international à Gand en 2013 et à Rome en 2011, ainsi que le Prix de la musique contemporaine au Forum musical de Normandie en 2012, le duo est invité en résidence à la prestigieuse Chapelle musicale Reine Elisabeth de Belgique sous l’égide du Quatuor Artémis. Ces deux amies d’enfance interpréteront le 10ème Concerto pour deux pianos (KV 365) de Mozart. «J’ai eu l’occasion de jouer plusieurs fois avec ce superbe duo et je me délecte de le faire connaître au public genevois à travers ce concerto, spectaculaire pour les oreilles comme pour les yeux» explique Arie van Beek. De son côté, le chef Jurjen Hempel se réjouit d’emmener ce concerto, un de ses préférés. «Ce qui est intéressant, c’est que Mozart a joué plusieurs fois cette pièce, alors qu’il aurait plutôt été du genre à en écrire une nouvelle». Sans doute est-ce parce que Mozart l’avait composée pour la jouer avec sa sœur, Maria Anna qu’il surnommait Nannerl, en janvier 1779, peu de temps après la mort de leur mère, Ana Maria, décédée à Paris durant le long voyage de 16 mois que toute la famille avait entrepris à travers l’Europe.

 

 

Incursion néoclassique avec Ernest Bloch

La soirée se poursuivra avec le 2ème Concerto grosso pour orchestre à cordes d’Ernest Bloch. Cette forme en quatre mouvements traditionnels, née au 17ème siècle en Italie, s’en distingue à l’époque contemporaine par son jeu de diversion des formes: ses dissonances et ses rythmes. Ecrite en 1952, cette pièce n’a pas le caractère léger des divertissements de l’époque baroque, mais en conjugue le genre dans le temps: le quatuor des solistes s’opposant à l’orchestre, passant subitement de la mélancolie à la gaieté ou du calme à l’agitation.

Le Maestoso est divisé en trois sections. Commençant de manière auguste, les échanges entre le quatuor soliste et le tutti des cordes se multiplient avant de tomber dans une section rapide de la fugue suivie par une terminaison solennellement lente qui anticipe l'humeur à suivre. L'Andante commence sans une pause, luxuriant et rhapsodique. L'Allegro est plus vigoureux: plus rustique par ses rythmes et ses séquences baroques strictes, il est mis en évidence par un segment intéressant de triplets chromatiques et une fin à l’unisson. Enfin, l'ouverture de la Tranquillo Misterioso, semblable à un hymne, met en mouvement un ostinato fondé sur un motif chromatique descendant qui donne l'impression d'une passacaille baroque. Au fur et à mesure qu’il se construit, ce final acquiert une dimension monumentale qui culmine au milieu du mouvement.

 

La Symphonie «Haffner» de Mozart en bouquet final

En 1782, le bourgmestre de Salzbourg, Sigmund Haffner, vient d’être anobli. Il commande alors à Mozart une nouvelle sérénade pour la cérémonie. Au moment où Mozart reçoit la commande de la Symphonie n°35, tout a changé pour lui. Il n’est plus au service du prince-archevêque Colloredo de Salzbourg qui le traitait si mal: c’est en homme libre installé à Vienne en voie de se marier avec Constanze Weber, en train de remporter un vif succès avec son opéra L’Enlèvement au Sérail. Lorsque son père lui transmet la demande d’une sérénade de la part du bourgmestre de Salzbourg, Mozart est à la fois agacé et intéressé: ceux qui le méprisaient autrefois s’adressent désormais à lui en tant que compositeur reconnu. Surchargé de travail, Mozart décide pourtant d’en écrire une symphonie, plus conséquente et moins divertissante qu’une sérénade. «Cette symphonie est en quelque sorte le tube de Mozart, créé vers la fin de sa vie: on note une différence dans l’accompagnement toujours de style galant, très différent de celui de Jupiter où il explore l’aspect polyphonique», conclut Arie van Beek.

 

Alexandra Budde

 

Mozart et la Suisse, 3ème concert de soirée de L’Orchestre de Chambre de Genève
Direction Jurjen Hempel
Bâtiment des Forces Motrices à Genève le 14 janvier 2016

Renseignements et réservations au +41.22.807.17.90 ou sur le site de L’Orchestre www.locg.ch

Théâtre Forum Meyrin - Pierre Rigal | Scandale