Publié le 18/04/2019 à 14:58

Los Gatillos, de plus loin que le blues

«Nous n’avons jamais essayé de coller aux bluesmen originaux. Chacun dans nos démarches respectives, nous avons toujours voulu développer un blues underground, une musique à la fois européenne et contemporaine.»

 

Le 4 mai à l’Épicentre à Collonge-Bellerive, Los Gatillos taquineront un blues coupable. Ils ne sont pas loin de dire avoir enregistré leur album dans une maison hantée, en compagnie de fantômes. Mais leur musique n’avait pas besoin de ça. Séparément, Fred Raspail, Pierre Omer et Monney B ont mené des aventures, en solo ou dans des groupes, qui les ont amenés à s’intéresser à des racines musicales qui viennent de beaucoup plus loin que le blues. Leurs amours du folk rauque et des traditions chiffonnées du sud des États-Unis ne les ont pas poussés à se prendre pour des citoyens de la Route 66. Ils sont d’ici et maintenant, proches des joies et des misères de nos cités européennes.

Le premier album de Los Gatillos se situe au carrefour de trois chanteurs-compositeurs-interprètes, qui s’entraident pour mettre en place des chansons. A moins que tout ceci ne soit qu’une autre occasion de faire la nouba, et d’en faire profiter leur(s) auditoire(s). Au téléphone, Monney B nous éclaire, un peu.

 

Trois guitaristes-compositeurs-chanteurs (par ordre alphabétique inversé) forment Los Gatillos. Quels sont vos points communs?

Nous avons tous joué dans des groupes qui s’attachaient à une part sombre du blues. Nous ne sommes pas influencés par les incarnations à paillettes ou par les longs solos de guitare d’Eric Clapton, plutôt par la simplicité et une forme de chanson d’intention.

 

Comment a démarré le projet, vous êtes-vous rencontrés à la croisée des chemins par une nuit de pleine lune?

Nous nous croisions régulièrement, et plutôt à Genève. C’est Fred (Raspail) qui a eu l’idée d’une collaboration. Au départ, l’objectif était d’enregistrer un 45 tours. Sur une face, il devait jouer avec Pierre (Omer), sur l’autre avec moi. Deux sessions ont été organisées au Gatillon, une maison isolée sur le Salève. Et chaque fois, ce n’est pas une, mais quatre ou cinq morceaux qui ont vu le jour. Nous nous sommes retrouvés une troisième fois tous ensemble, et quatre chansons plus tard, nous avions le matériel d’un album. Si nous faisions un album, c’est que nous étions un groupe. Et si nous étions un groupe, il nous fallait un nom. Du Gatillon sont sortis Los Gatillos – les gachettes, en espagnol. Gutfeeling, un label de Munich, où est basé Fred, a sorti l’album. Et tout de suite, nous avons pu passablement tourner, notamment en Allemagne. L’accueil du public a été excellent, et par ici un morceau a été bien diffusé à la radio.

 

Cela semble presque facile. Étonné?

La couleur générale de l’album était assez attendue. Nous aimons, écoutons et jouons un peu les mêmes choses, donc on imaginait assez bien ce qui allait se passer. La bonne surprise, c’est que le processus, très spontané, a très bien fonctionné. L’un proposait un morceau, qui donnait des idées aux deux autres – cela se mettait vite en place. Nous nous sommes installés avec nos guitares, nous avions un set de batterie minimale, nous avons posé des micros et appuyé sur la touche «On» de l’enregistreur.

 

 

Revenons sur ce blues qui vous plaît tant.

C’est une musique rurale du Sud des États-Unis. Mais nous n’avons jamais essayé de coller aux originaux, chacun dans nos démarches respectives, nous avons toujours voulu développer une musique – un blues underground –, à la fois européenne et contemporaine. Par exemple, dans le groupe avec lequel j’ai collaboré, Hell’s Kitchen, il y avait des éléments industriels, même techno.

 

Nous avons évoqué vos points communs, mais quelles sont vos spécificités? Le site Internet de Fred Raspail mentionne des «dirty french folk songs»…

Oui, il est plus folk. Pierre, qui faisait partie des Dead Brothers, joue d’autres instruments, comme l’accordéon. Mon truc a moi serait plutôt le bottleneck. Nous nous complétons assez bien. Lorsque nous partons sur un morceau un peu caraïbe, Pierre va vite arriver à poser sa guitare. Pour ma part, il faut oublier (!), je vais donc prendre le washboard ou des percussions.

 

Il y a une identité Los Gatillos. Mais en même temps, on entend, plus qu’un groupe, des musiciens qui collaborent chacun leur tour aux chansons des autres.

Nous avons commencé ainsi, avec cette idée de parité, suivant laquelle chacun amenait quatre ou cinq chansons. Mais il y a toujours la patte des deux autres qui ont contribué aux arrangements. Pour la petite histoire, l’album est aussi emprunt de l’atmosphère de la maison où il a été enregistré. Le Gatillon est vraiment un endroit perdu. Lors d’une tentative de cambriolage, comme il n’y avait rien à prendre, les voleurs se sont acharnés sur le piano, ils ont dû croire que les touches étaient en ivoire. Nous l’avons utilisé tel quel, bien défoncé, sur quelques morceaux. C’est une anecdote qui souligne à quel point nous avons fait avec les moyens du bord. Mais pour répondre à votre question, pour le prochain album, nous avons l’objectif de travailler davantage sur une identité du groupe, et nous verrons bien où cela nous mènera. Quelques sessions sont prévues, avant et après le concert de l’Épicentre.

 

Ce concert revêt-il pour vous une importance particulière?

Les qualités du site et de la salle de l’Épicentre font que nous nous attendons à une autre ambiance – le public devrait être plus à l’écoute que dans un club. Nous nous réjouissons de jouer dans cette structure.

 

Propos recueillis par Vincent Borcard

 

Los Gatillos en concert le 4 mai à 20h30 à l’Épicentre à Collonge-Bellerive.

Renseignements et réservations au +41.(0)22.855.09.05 ou sur le site www.epicentre.ch

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