Publié le 11/12/2019 à 19:34

Le patinage contemporain, une ode à la glisse

«Nous avons approfondi notre recherche chorégraphique, en restant concentré sur les qualités intrinsèques du patinage. En particulier la glisse, cette possibilité extraordinaire de déplacer des corps immobiles à travers l’espace»

 

Il y a une vie après Holiday On Ice. Du 17 au 19 décembre à la patinoire des Vergers à Meyrin, l’équipe du Patin Libre le prouve sur l’invitation du Théâtre Forum Meyrin. Threshold (Seuil), le dernier spectacle en date de la compagnie québécoise, permet de découvrir ce que ses créateurs ont baptisé le patinage contemporain. Une nouvelle forme artistique qui exploite les spécificités de ce médium, et tout particulièrement la glisse. Pour tout public dès 6 ans.

Avec Threshold, on est loin des paillettes et de l’extravagance des numéros traditionnels de patinage artistique ou des spectacles sur glace. Que ce soit dans les costumes, la musique ou la chorégraphie, la sobriété est de rigueur afin de mettre en valeur toute la beauté du patinage. Ce qui n’empêche pas la virtuosité technique. Le spectacle peut ainsi être apprécié par un public très varié. Alexandre Hamel, fondateur et directeur artistique de la compagnie, nous en dit plus sur cet art hors du commun.


 

 

Pourquoi avez-vous fondé le Patin Libre?

En 2005, j’étais tout juste retraité des compétitions de patinage traditionnel, et j’avais brièvement travaillé chez Disney sur glace. J’ai eu envie de faire quelque chose de cette virtuosité athlétique si difficile à acquérir, qui me plaise davantage que le show-business commercial. Avec un petit groupe, nous avons commencé à réaliser des spectacles dans les Carnavals d’hiver au Québec, sur le modèle de la performance de rue. Le ton était à la liberté, on commençait à abandonner les codes habituels du patinage dit artistique. Graduellement, on s’est rendu compte qu’il y avait là un potentiel.

 

 

En quoi votre art se distingue-t-il du patinage traditionnel?

Pour le patinage traditionnel, la recette de base, très efficace, reste le pastiche: on va transposer la valse, le tango ou même l’opéra sur la glace. Il s’agit de performances d’une qualité extraordinaire, mais on est dans la célébration de formes qui existent déjà, contrairement à ce que fait le Patin Libre. A la base de nos spectacles, il y a vraiment une recherche créative.

 

Comment le projet a-t-il évolué?

Nous avons approfondi pendant des années notre recherche chorégraphique, en restant concentré sur les qualités intrinsèques du patinage. En particulier la glisse, cette possibilité extraordinaire de déplacer des corps immobiles à travers l’espace. Mais aussi le déplacement de l’air produit par un patineur à grande vitesse, ou encore les sons produits par les lames sur la glace... En soustrayant tout le reste, on aboutit à une pureté très intéressante au niveau artistique. C’est là qu’on peut parler de modernité.

Quel est votre processus de création?

C’est toujours une création collective, des cinq fondateurs de la compagnie. Cela commence par beaucoup de recherches très spontanées. Peu à peu, on trie les bribes chorégraphiques qu’on préfère. Avec la dramaturge britannique Ruth Little, on détermine ensuite les idées qui se dégagent de façon abstraite de ce matériel brut. Le spectacle prend forme en réfléchissant à ces idées et en les développant de manière plus poussée.

 

L’esthétique du spectacle frappe par sa sobriété…

Notre proposition consiste en des artistes-patineurs qui montrent leur virtuosité à travers une poésie chorégraphique. Le reste demeure très minimaliste, très épuré. On porte des habits normaux, tout simples. Et il n’y a pas de décor. Notre meilleur décor, c’est la patinoire telle quelle, sans aucun ajout. Une scène de quarante mètres, habituellement réservée aux clubs sportifs de hockey et de patinage, que les amateurs d’art n’ont pas l’habitude de voir. On trouve ça bien de la mettre en valeur et d’y amener un autre public.

 

 

De quoi parle Threshold, qui signifie «seuil» en anglais ?

Threshold évoque un instant crucial, dangereux, un cataclysme qui transforme tout: les corps des gens, leur façon de se relier entre eux. Avec ce que vivent les sociétés en ce moment, je pense qu’on est justement à un moment de seuil, où les choses vont se transformer ou se transforment déjà très rapidement. Donc on aimait l’idée de mener une réflexion sur ce thème à travers notre patinage.

 

A qui le spectacle est-il destiné?

Habituellement, les publics qui viennent nous voir sont assez avertis, et prêts à recevoir cette innovation artistique. Mais parce qu’on utilise le patinage, un médium populaire, on reçoit aussi des fanatiques de patinage qui se retrouvent à voir une œuvre d’art scénique pour la première fois de leur vie. La performance athlétique attire également des personnes qui apprécient les spectacles physiques. Le défi que cela représente constitue leur porte d’entrée sur notre art, et ensuite ils commencent à être touchés par la chorégraphie. Car même si le spectacle, de par son abstraction, demande un certain effort, je crois en la capacité de chacun d’investir son intelligence pour en trouver la clé… et d’y prendre du plaisir!

 

Propos recueillis par Muriel Grand

Threshold, par le Patin Libre, du 17 au 19 décembre à la Patinoire des Vergers à Meyrin.
Avec Alexandre Hamel, Pascale Jodoin, Samory Ba, Jasmin Boivin et Taylor Dilley.

Informations et billets: forum-meyrin.chhttps://www.forum-meyrin.ch/spectacle/threshold
Pour tout public dès 6 ans.


 

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