Publié le 29/06/2020 à 22:24

La palette magique de L’OCG

«Allier dans une composition ou un choix d’œuvres, le familier et le singulier, tel est mon horizon»

 

L’Orchestre de Chambre de Genève (L’OCG) invite à de beaux parcours au sein de genres aussi variés que baroque, classique et contemporain. Le sextuor de soirées concertantes joue de titres en formes de paysages émotionnels. Ils oscillent merveilleusement entre œuvres reconnues et surprises ensorceleuses. Ainsi La Nature enchantée ou Oiseaux exotiques favorisent la redécouverte de signatures musicales à l’aura éternelle, les mettant en lien avec des joyaux plus secrets (Copland, Saariaho…). Se révèle alors quelque chose de précieux, vital en ces temps troublés. Qui nous avait peut-être échappé chez Mozart, Chopin, Vivaldi, Poulenc, Messiaen, Chostakovitch, Haydn…

La programmation tend un fil amoureux d’une pièce musicale à l’autre. Jusqu’à la soul révélant l’œuvre éclectique et généreuse de Stevie Wonder en compagnie du Big Up! Band marié à l’OCG. Ce large éventail met à l’honneur des interprètes féminines. Parmi d’autres, la virtuose Chloe Chua (violon), la poignante Alexandra Oomens (soprane) et la prodige Hyeji Bak (percussions) saluée par tous les prix du Concours de Genève 2019. Rencontre avec le chef d’orchestre et directeur artistique de l’institution, Arie van Beek, à l’insatiable curiosité musicale toujours en éveil. Pour grandes et petites oreilles.

 

«Diversité c’est ma devise», disait Jean de La Fontaine. C’est aussi celle de l’OCG. Baroque, Classique, Musique du XXe s. et création contemporaine. Pourquoi le choix d’un répertoire sans frontières?

Arie van Beek: On peut comparer l’orchestre de chambre genevois regroupant 37 musiciens et musiciennes d’excellence avec une institution muséographique vivante et dynamique. Celui-ci offre toujours une palette allant ici d’un merveilleux noyau dessinant une sorte de collection permanente (ici, avec des compositeurs atemporels par leur aura tels Bach, Chopin, Haydn…) et des expositions temporaires (Poulenc, Vaughan Williams, Copland, Saariaho…)
Lorsque l’on songe à un tel orchestre, il est rattaché à un certain répertoire ne comprenant pas certaines pièces du Haut Romantisme qui requièrent une formation aux effectifs par trop étendus. Notre répertoire est ainsi intimement lié à la période baroque, au classique (Mozart Beethoven, Schubert, Mendelssohn…) à l’époque préromantique et au siècle dernier. Sans oublier de fécondes incursions au cœur d’œuvres récentes.

 

 

La programmation s’aventure dans les jardins secrets de célébrissimes compositeurs.

Assurément. En témoignent un ensemble de voyages découvertes proposés sur les terres méconnues de compositeurs ayant œuvré peut-être à la même période que Mozart, Haydn ou un contemporain de Beethoven. Ils s’inscrivent parfaitement dans des accrochages plus éphémères. Le dessein de la programmation est aussi d’offrir plusieurs clins d’œil à des artistes que tout le monde peut connaître.
Ainsi si les concertos pour pianos n° 1 et 2 et les pièces pour piano seul ont une fortune mondiale, Chopin reste méconnu dans ses Variations La ci darem la mano (n.d.l.r. ; à découvrir le 29 septembre) notamment, une réalisation fantastique. Mais fort peu jouée en public, car réputée très exigeante dans son exécution. C’est fortuitement en parcourant sa musique que cet opus m’a passionné. Voici un chef d’œuvre ciselé autour d’un thème mozartien.
Composé en 1827, le morceau est fondé sur le duo de Zerline et Don Giovanni à l’acte I de l’opéra de Mozart. Chopin y révèle sa vénération pour le compositeur autant que pour son propre pays qu’il ne devait jamais revoir. Partant, il est logique d’ouvrir ce programme par une pièce mozartienne méconnue, la Symphonie n°34 en do majeur. Elle marie un caractère héroïque avec une dimension plus tendre et lumineuse avant un final éblouissant.

 

 

Chopin, précisément, reflète votre abord de la programmation.

Oui, la difficulté extrême de ses variations si exigeantes en termes de travail préparatoire à leur exécution, fait qu’il est rare de trouver une pianiste telle Nathalia Milstein, dont l’étoile monte au firmament et qui souhaitait ardemment jouer la pièce, pour la transfigurer au mieux. C’est extraordinaire, tant nous avons dans un seul et même morceau, l’élément fameux, célèbre et sa dimension en variations plus secrètes imaginées par Chopin.
C’est ce que je recherche continument pour enrichir un programme. Allier dans une composition ou un choix d’œuvres, le familier et le singulier, tel est mon horizon. Des liaisons inédites mais évidentes peuvent donc se tisser entre Chopin et Benjamin Britten et sa Sinfonietta op.1 à la géniale instrumentation. Trouver ainsi des résonnances, passerelles, contrepoints, l’association de motifs et thématiques autour de la Nature et de son sentiment, sa préfiguration en paysages sonores. C’est au fond une approche éminemment musicale dans son esprit.

 

Il y a aussi une soirée multidisciplinaire.

Le Docteur Miracle, «opérette» comique en un acte témoigne du maître de la mélodie d’une grande rigueur qu’est Georges Bizet (n.d.l.r.: le 25 février 2021), Ceci dans ce fleuron du Théâtre lyrique qui concentre humour et légèreté. Ce mini-opéra est ici mis en scène. La Sinfonietta signée Francis Poulenc qui l’accompagne, recèle, elle, une dimension éminemment classique, s’inspirant de Haydn.

 

 

Vous jouez la carte famille.

Il est dans l’ADN de l’Orchestre de reconduire la série des «Quatre heures d’Arie». Désormais au nombre de trois, ces rendez-vous concis à destination des enfants et familles ont connu un engouement public jamais démenti. Choisir, par exemple, Erik Satie avec Parade, ballet réalisé sur un thème de Jean Cocteau, c’est mettre en lumière les rapports intimes avec la danse et les arts plastiques (n.d.l.r.: le 8 mai 2021). Chez l’un des compositeurs les plus audacieux et inclassable qui soit. Picasso, Cocteau, Massine, Picabia, Balanchine furent ainsi ses flamboyants complices. A mes yeux, les enfants possèdent d’extraordinaires capacités, nous devrions nous inspirer d’eux.
L’OCG enrichit aussi ses collaborations avec les institutions culturelles genevoises et je m’en réjouis. Citons notamment une résidence au Village d’Aigues-Vertes, qui effectue un remarquable travail en faveur des enfants en situation de handicap. Et un partenariat avec l’Association pour le bien des aveugles et malvoyants grâce à des ateliers offerts aux enfants. La transmission n’est-elle pas la clé de toute vie pour et par la musique?

 

Propos recueillis par Bertrand Tappolet


L’Orchestre de Chambre de Genève (L’OCG)

Renseignements, informations:
locg.ch

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