Publié le 09/07/2019 à 07:46

Contrechamps en quête de résonance

«Qui sont les compositeurs genevois, les voix importantes à soutenir et à découvrir? C’était important pour moi de commencer par faire cette recherche, afin que Contrechamps puisse mettre en avant et soutenir la création musicale genevoise»

 

«La résonance par sympathie est un phénomène physique, qui veut que les éléments résonnants puissent se mettre en vibration lorsqu’ils sont à proximités d’ondes sonores. Ce qui en sort, ce sont des harmonies spontanées parfois prévisibles, parfois pas. Mon travail de programmateur de cette saison a consisté à écouter ces résonances en étant en contact avec les musiciens de l’Ensemble, avec les partenaires, le public, les artistes invités… D’écouter ces résonances, et de construire autour, un contexte, un programme, des événements», a exposé le directeur artistique de l’Ensemble Contrechamps Serge Vuille, lors de la présentation, en juin, de sa saison 2019/2020.

En fonction depuis une année, il n’en présentait pas moins sa première saison, la précédente ayant été, pour l’essentiel, l’oeuvre de son prédécesseur. Ses choix laissent une grande place à la création et à l’expérimentation. Sous son impulsion, l’Ensemble va se produire là où il n’était pas forcément attendu, de la Cathédrale Saint-Pierre à la Cave 12!

 

Les résonances évoquées par Serge Vuille, qu’elles soient poétiques ou sympathiques, ont dicté différents axes de programmation que le public découvrira au fil des concerts d’abonnements. Ils se découvrent comme des questions auxquelles il s’agit de trouver des réponses. Serge Vuille: «D’abord, comment un ensemble instrumental peut continuer d’explorer le processus créatif? - ce qui amène à interroger l’interaction entre les créateurs et les interprètes. Ensuite, qui sont les compositeurs genevois, les voix importantes à soutenir et à découvrir? C’était important pour moi de commencer par faire cette recherche, afin que Contrechamps puisse mettre en avant et soutenir la création musicale genevoise. Et enfin, j’ai souhaité lancer une exploration des formats, chercher à mettre un contexte – un lieu - qui soit adéquat vis-à-vis de la création musicale et artistique que nous présentons.»

 

Faisant fi de toute logique chronologique, Serge Vuille a ensuite présenté, thème par thème, le concerts de la saison 2019/2020. Des thèmes qui, généreux, n’hésitent pas parfois à se chevaucher. Petit florilège.

 

 

 

La compositrice paradoxale

Processus créatif, le 5 novembre. «Un projet avec l’artiste sonore sourde Christine Sun Kim. Sourde de naissance, elle cherche à parler des sons à ceux qui les entendent, alors qu’elle ne les entend pas. C’est le centre de son travail, elle a senti un décalage dans sa vie, d’abord perceptif. J’ai eu la chance de collaborer avec elle il y a deux ans, c’est une personne extrêmement charismatique, virtuose dans sa manière d’évoquer le son, la vibration sonore. Nous allons présenter sa première création instrumentale pour cuivre et percussions. Ce programme a retenu l’attention. Nous le reprendrons à La Gare du Nord, à Bâle, au Huddersfield contemporary music festival, à l’Auditorium de Barcelone et au Théâtre de la Renaissance, à Lyon.

 

Autour de l’abbatiale de Bellelay

Processus créatif, le 3 avril. «Chiyoko Szlavnics va écrire une grande pièce de 30 minutes pour les pleines forces de l’Ensemble. Elle va pour cela s’inspirer de l’acoustique très particulière de l’abbatiale de Bellelay. Elle va d’abord aller deux semaines cet été, sur place, à la découverte de cette acoustique. Elle y retournera en octobre avec quelques musiciens de l’Ensemble, elle travaillera aussi avec notre ingénieur du son dans les studios de la HEM, puis composera la pièce pour ensemble à partir de ce matériel. Le résultat sera présenté le 3 avril 2020 dans le cadre du festival Archipel, avec une partie électronique qui donnera une idée de l’acoustique de l’abbatiale. Puis enfin, nous irons enregistrer la pièce de manière totalement acoustique, à l’abbatiale, en août 2020. Il ne s’agit donc pas seulement de répéter et d’enregistrer. Mais d’un processus, plus vaste, circulaire, qui se déroule sur une période de un an et demi, qui part de l’abbatiale, et qui y retourne pour s’achever.»

 

Compositeurs d’ici

Compositeur genevois, le 24 septembre. «En ouverture de saison d’abonnement, nous proposons notamment une nouvelle œuvre pour ensemble et trio improvisé de Jacques Demierre. C’est une pièce qui joue entre la limite de la rigueur de la composition, et l’énergie de l’improvisation. Avec 15 musiciens de l’Ensemble et trois improvisateurs, dont Jacques Demierre.»

 

Compositeur genevois, le 3 décembre. «Une pièce de William Blank, (A)round, pour saxophone solo, sept vents et orchestre. Le soliste est au centre, l’orchestre autour, et le public forme un troisième cercle. Ce format a donné l’inspiration du programme de la soirée, notamment pour la pièce de la performeuse Abril Padilla, qui donnera lieu à un quatrième cercle, derrière le public.»

 

 

Michael Jarrell en immersion

Compositeur genevois, le 19 février 2020. «On ne présente plus Michael Jarrell qui, des compositeurs genevois, est celui dont le travail connaît le plus de retentissement. Dornröschen est une pièce pour violon et électronique extrêmement raffinée, détaillée. Elle demande une très grande exigence. Nous l’avons programmée à la Cave 12, une salle qui favorise une écoute immersive, qui permet de se laisser aller vers le son, ce dont je me réjouis tout particulièrement.»

 

Formats et contextes, le 15 octobre. «Des œuvres d’une demi-douzaine de compositeurs, dont Iannis Xenakis et Alvin Lucier, seront interprétés dans différents lieux du Studio Ernest-Ansermet, pour un public itinérant. Parfois dans une très grande proximité avec les musiciens, parfois pas.»

 

Aux Bains des Pâquis et au Pavillon SICLI

Ces deux derniers exemples ont mis en lumière la volonté de, comme cela se dit au théâtre, remettre en cause le quatrième mur. En parallèle à toute une série de concerts dans le cadre idéal du Studio Ernest-Ansermet, l’Ensemble Contrechamps d’aller frotter ses cordes au trio punk Massicot, le 2 mai à ARCOOP. Interpréter Messiaen le 25 août à 6 h du matin aux Bains des Paquis, ou à des heures plus raisonnables à la Cathédrale Saint-Pierre le 17 mai 2020 en compagnie de L’OCG et de l’ensemble Vocal Polhymnia. A se multiplier dans le cadre du prochain festival de La Bâtie, collaborant aussi bien avec la Cie Mobile Home à une performance au Pavillon SICLI du 12 au 14 septembre, qu’avec le Grand Théâtre pour un opéra de chambre de Philipp Glass, In The Penal Colony, les 6 et 7 septembre à La Salle du Lignon. Et on retrouvera encore l’Ensemble Contrechamps en coproduction avec l’opéra, en fin de saison, pour Electric Dreams de Matthew Shlomowitz, du 22 au 26 avril 2020, à… Am Stram Gram.

Cave 12 et Cathédrale Saint-Pierre, Bains des Pâquis et Salle du Lignon, les formats et contextes seront en tout cas variés!

 

Vincent Borcard

 

www.contrechamps.ch

Premier rendez-vous: Quatuor pour la fin du Temps, d’Olivier Messiaen le 25 août 2019 à 6h (du matin!) aux Bains des Pâquis, Genève, en coproduction avec les Aubes Musicales.

Premier concert de saison: Demierre et Harrison – Mailles du temps, le 24 septembre 2019, à 20h, au Studio Ernest-Ansermet, Genève

 

 

Comédie Perdre Son Sac