Publié le 01/03/2017 à 13:07

Idan Raichel, la musique qui réunit

«Créer des liens et construire un pont entre toutes ces cultures, là a été mon inspiration»

 

L’auteur-compositeur israélien Idan Raichel a élaboré au cours des années une œuvre prolifique et multiculturelle, acclamée par la critique et au succès populaire immense. Son incroyable don pour la composition et l’art de réunir chanteurs et musiciens de talent autour de lui l’ont propulsé sur les scènes prestigieuses du monde entier. Il a joué lors de la cérémonie de remise des prix Nobel en 2010 ainsi que devant Barack Obama lors du Martin Luther King Jr. Day, et a collaboré avec des artistes de renom dans plusieurs pays. C’est pourtant dans un cadre intimiste que le public genevois aura l’occasion de le découvrir sur scène. Idan Raichel sera à l’Alhambra le 6 mars pour présenter son dernier album en solo. Un concert qui tient du voyage: à ne manquer pour rien au monde!

 

 

Comment avez-vous commencé à jouer de la musique?

J’ai commencé par jouer de l’accordéon à neuf ans. À l’époque, l’accordéon était considéré comme l’instrument le moins «cool», mais je me considère chanceux d’en avoir joué. Cela m’a donné des bases de musique folk en provenance de divers endroits du monde et m’a permis de rester ouvert à différents sons. J’ai ensuite poursuivi avec du piano jazz lorsque j’avais seize ans. J’ai également fait un peu de musique classique à dix-neuf ans. Grâce à cela, j’ai pu développer une approche du piano pour des chansons pop et rock en Israël, à l’époque où j’accompagnais d’autres chanteurs.

 

D’où vous est venue l’idée de monter le Idan Raichel Project en 2002?

J’ai débuté ce projet lorsque j’avais 25 ans. Je me demandais pourquoi nous n’entendions que des chansons pop en anglais ou en hébreu à la radio, et pas les voix des minorités et des différentes communautés en Israël. J’ai commencé à enregistrer des chansons avec des immigrants et des réfugiés, et cela s’est transformé en une expérience musicale qui a fini par réunir plus de cent cinquante musiciens et chanteurs. Le plus jeune a 16 ans, et les plus âgés ont 83 et 91 ans. C’était très beau de voir tout le monde enregistrer ensemble. Le résultat plus tard a été formidable, et nous avons pu entendre nos morceaux à la radio.

 

Votre musique est une fusion d’influences très diverses, et les paroles sont écrites dans beaucoup de langages différents. Pourquoi avoir intégré tous ces éléments?

Cela est venu très naturellement pour nous. Quand on marche dans la rue en Israël, on entend tous ces sons et tous ces magnifiques langages que les gens parlent autour de nous. Je crois que j’ai été inspiré par la rue elle-même. Lorsqu’on écoute avec ses oreilles et son cœur tout le temps, on entend ces sons-là. Créer des liens et construire un pont entre toutes ces cultures, là a été mon inspiration. Si je devais décrire ma musique, je dirais que c’est le son du global village.

 

Votre projet a remporté un immense succès en Israël et dans le monde. En 2015, vous avez sorti At the Edge of the Beginning, votre premier album solo. Pourquoi ce choix?

C’était important pour moi de prendre un chemin un peu différent. Je continue à travailler avec le Idan Raichel Project, mais je voulais également pouvoir faire des concerts dans des salles plus petites, afin d’inviter mon audience à m’écouter comme si je jouais dans mon salon. C’est une manière plus intimiste d’écouter les mélodies. Cela fait deux ans que je joue ainsi, et c’est une belle aventure.

Sur scène, je suis seul avec un piano et un piano électrique, ainsi qu’une guitare pour l’une des chansons. J’utilise également des percussions en format jouet que j’avais offert en cadeau à mes filles. Je les ai juste empruntées pour cette tournée!

 

Est-ce que cet album est plus personnel que les précédents?

Oui, j’ai l’impression. Toutes mes chansons ont toujours été personnelles. Mais lorsque j’écrivais pour le Idan Raichel Project, beaucoup de chanteurs chantaient sur mes morceaux. Cette fois-ci, lorsque j’écris à propos de mes proches, mes filles, ma femme, j’ai envie de chanter avec ma propre voix.

 

 

Quel message voulez-vous transmettre à travers votre musique?

Je pense qu’il y a beaucoup de messages. Tout d’abord, c’est la musique elle-même, que les gens peuvent apprécier et qui peut toucher les cœurs et les esprits. Et il y a aussi ce message de construire des ponts entre les cultures, de s’ouvrir aux sons et aux voix d’autour du monde, de créer le dialogue entre les gens. Je pense que c’est particulièrement important à l’heure où l’on voit tant d’opinions extrêmes sur facebook et ailleurs, où l’on voit que certains dirigeants comme Trump n’essaient pas vraiment de réunir les gens. Je crois qu’il est temps de jouer pour les gens, et d’essayer de les réunir.

 

Certains de vos albums sont disponibles en version instrumentale.

Quand j’écris les arrangements et les compositions, je crois qu’il y a toujours une grande densité de musique, en dehors du chant. Et j’ai envie de partager avec mon audience à quel point la musique est dense, en dessous des voix et des paroles. Nous avons réussi à avoir des arrangements expressifs et émouvants sur ces albums, et je pense que c’était une bonne idée de les sortir aussi en version instrumentale.

 

Vous avez travaillé avec un nombre impressionnant de chanteurs et de musiciens au cours de votre carrière. Rencontrer des artistes de partout dans le monde, est-ce une source d’inspiration pour vous?

En effet, je pense que les rencontres backstage, sur scène et sur la route font la particularité de chaque concert et de chaque visite. Je serais d’ailleurs heureux si les lecteurs de votre article nous écrivaient sur facebook au cas où ils auraient envie de venir chanter ou jouer sur scène, ou s’ils venaient simplement pendant le sound check avec leur instrument. Ce serait absolument génial de partager la scène avec eux. Cela s’est déjà passé, en Italie et en Suède par exemple, et c’est incroyable lorsque cette magie opère.

 

Propos recueillis par Marie Berset

 

Idan Raichel en concert à l'Alhambra à Genève le lundi 6 mars 2017 à 20h00. Première partie, Noga et Patrick Bebey.

Renseignements et réservations au +41.22.307.10.48 ou sur le site www.chatnoir.ch

L’Orchestre de Chambre de Genève - Destination Tango