Publié le 05/06/2017 à 11:24

Am Stram Gram se met au vert

«Participer en tant qu’humain à l’œuvre des humains»

 

La saison 2017/2018 du Théâtre Am Stram Gram à Genève, c’est 25 rendez-vous avec le théâtre, la danse, la musique, le cirque, les arts numériques, des expositions, des livres, des jardins… pour tous les publics, dès 6 mois, et ça commence le 15 septembre avec beaucoup de poésie. A la barre d'Am Stram Gram depuis 2012, l’auteur français à succès Fabrice Melquiot fait preuve d’ingéniosité pour créer des saisons de partage où chacun a la possibilité de rencontrer tout un monde au-delà des spectacles. Pour présenter la saison 17-18, Fabrice Melquiot s’est volontiers prêté au jeu du portrait chinois.

 

 

Si la saison d’Am Stram Gram était une couleur, quelle serait-elle?

Le vert. Parce que plusieurs rendez-vous de la saison s’articulent autour de l’intitulé Jardins, paysages, habitants. Spectacles ou dispositifs du Laboratoire Spontané (Ndlr: des expériences artistiques à partager), nous inviteront à questionner la relation que nous entretenons avec le végétal, la terre. Les questions climatiques seront mises en forme(s) et débattues; plus généralement, c’est ce qui nous relie à la nature qu’on examinera: poésie des jardins, beauté des paysages, poétique du banc public, et nous, nous qui habitons le monde.

 

Si la saison était une qualité…

C’est une saison tournée vers le contemporain, comme toujours à Am Stram Gram. A travers les formes artistiques proposées, la saison nous invite à regarder le réel et le présent que nous traversons ensemble, elle nous invite donc à le questionner, quel que soit notre âge. Une envie d’en découdre avec le monde d’aujourd’hui, qui se reflète partout dans l’éclectisme des spectacles, puisqu’il y en a pour la petite enfance à partir de six mois, comme pour les adolescents ou les jeunes adultes.

 

Si la saison était une friandise…

Une pomme d’amour: un fruit coloré, éclatant, qu’on peut déguster dans des cadres de générosité et de rassemblement. C’est ce que nous espérons toujours mettre en œuvre dans ce théâtre. Que l’enthousiasme et la joie soient nos hôtes, pour chaque occasion.

 

Si la saison était un métier…

Je choisirais une anti-fonction, celle de poète, au sens le plus ouvert du terme. Être poète, c’est travailler contre l’idée même de fonction, même si écrire, comme vivre, est un métier. La saison prochaine réunit des poètes aux langages différenciés; ils viennent de la danse, du cirque, du théâtre, de la musique, des arts visuels ou plastiques. J’aime le mot-valise artisanartiste, car c’est à ce carrefour que l’on œuvre toujours au sein d’un théâtre. Nos artisanats espèrent autre chose que le travail bien fait, quelque chose qui est de l’ordre du mystère. On aiguise le geste, on le répète, jusqu’à ce qu’il nous échappe et convoque quelque chose qui va au-delà de nous-mêmes.

 

 

Si la saison était un jeu…

Un jeu d’enfant! C’est-à-dire ce processus inhérent à tous les jeux d’enfant, ce pouvoir, cette qualité qu’ont les enfants de se projeter dans un "autre" en une phrase: «on dirait que je suis…» n’importe qui d’autre. Le processus empathique qui est le premier terrain de jeu du théâtre, un ressort central dans nos pratiques. Pas seulement ce "je suis un autre", mais je suis pour et par les autres.

 

Si la saison était un objet du quotidien…

Un livre, sans hésitation. En tant qu’auteur à la direction d’un théâtre, il m’est vital de rappeler la nécessité de considérer le livre comme un objet du quotidien, et d’autant plus auprès des enfants. Nous initierons cette année un partenariat important avec la Fondation et les Éditions de La joie de lire, voisines d’Am Stram Gram, et avec la Librairie Payot. En début de saison, nous organiserons un bal littéraire en l’honneur des 30 ans de La joie de lire, et une galerie d’exposition sera dévolue à des illustrateurs contemporains, invités à dessiner en lien avec certaines propositions de la saison, dont l’une de nos créations "maison".

 

Si la saison était une matière…

Je dirais cire et mousse du bain. Nous avons consacré le mois d’avril à la petite enfance; trois propositions réjouiront les tout petits, de six mois à trois ans. Parmi elles, Le petit bain mis en scène par Johanny Bert, une rêverie magnifique, où l’on voyage au côté d’un danseur-comédien, au cœur d’un grand bloc de bain moussant qu’il sculpte, découpe, recompose. Dans Wax, la cire est à l’honneur, sous la houlette du metteur en scène Renaud Herbin, qui se demande comment sortir du moule: on entre dans un espace-atelier où nous accueille l’énigmatique Justine près de laquelle se trouve un récipient de cire chaude. Après l’avoir étalée sur le sol, elle commence à jouer avec la cire consolidée, dont elle extrait des figurines qu’elles voudraient domestiquer, mais qui préfèrent échapper à son contrôle.

 

 

Si la saison était un poème…

Un court recueil de poèmes de Richard Brautigan intitulé Please Plant This Book, en français "S’il-te-plaît, plante ce livre". En 1968, Brautigan publie huit poèmes imprimés sur des sachets de graines rassemblés dans une boîte. Des poèmes pour les enfants, des poèmes pour demain. Il espérait que le XXIème siècle serait celui des fruits, des légumes et des poèmes. Nous suivrons ses pas à l’occasion de la présentation de saison du 15 septembre prochain, avec le premier dispositif du Laboratoire spontané 17/18: nous écrirons des poèmes sur des papiers Bristol et nous les planterons, avec des graines de fleurs et de plantes, dans des jardins sur pied que nous allons accueillir partout dans le théâtre. Nous serons témoins de leur croissance, tout au long de la saison. Nous verrons comment les plantes enlaceront les poèmes. Ce seront nos jardins collectifs.

 

Si la saison était un geste…

Celui de planter une graine. Et plutôt une graine dans le regard de chacun. C’est un clin d’œil à l’intitulé de saison, mais pas seulement. On espère orienter, enrichir, complexifier la sensibilité des spectateurs, consolider ou ouvrir leur regard, et renforcer la capacité de chacun à s’écouter et à écouter les autres, parfois pour mieux restaurer nos désaccords. On participe, je l’espère à un déploiement de l’échelle du réel.

 

Si la saison était une émotion…

La joie, toujours la joie. Et même si certains sujets abordés semblent graves, même si on se confronte au réel et que tout ne doit pas être assujetti au merveilleux dès lors qu’on convoque des enfants dans les salles de spectacle, je crois qu’il est de notre devoir d’entretenir ce feu intérieur qu’on appelle joie. Une joie qui n’a de sens que parce qu’elle est matinée de désespoir. Une joie qui affirme avec vigueur qu’il faut aller chercher le courage partout où il est possible de le trouver et que l’utopie est oxygène. Il faut sans cesse réapprendre à respirer ensemble.

 

Si la saison était une devise…

Je reprendrais un extrait de mon introduction de saison: «Participer en tant qu’humain à l’œuvre des humains». Si les spectacles constituent le socle de la programmation et que recevoir un spectacle c’est déjà agir, nous avons à cœur de transmettre une curiosité pour les démarches des artistes qui travaillent à nos côtés, ce qui nous a donné l’envie et le goût de développer des dispositifs de rencontre, de réflexion, de dialogue. J’aimerais que les citoyens puissent fréquenter les théâtres avec régularité, que le théâtre lui-même soit objet du quotidien. Qu’il devienne un lieu essentiel où on vient parfois recevoir un spectacle, parfois faire ses devoirs, parfois lire un livre assis sous le mandarinier, parfois ajouter sa parole à celles des autres pour mieux affûter peu à peu son regard critique et sa sensibilité. Nourrir l’échange entre générations et partir à la rencontre d’autres de soi, d’autres que soi.

 

Si la saison était un hashtag…

#reverdirdanslenoir

 

Propos recueillis par Alexandra Budde

 

Découvrez en détail la saison 2017/2018 du Théâtre Am Stram Gram sur leprogramme.ch ou sur le site du théâtre www.amstramgram.ch