Trilogie Figaro à l’Opéra des Nations

«Le personnage de Figaro représente une forme de révolte, d'émancipation des classes. Il est aussi la parole des exilés et des trompés.»

 

Le projet du Grand Théâtre de Genève a de l’allure: présenter en alternance trois volets du Figaro de Beaumarchais sous la direction de trois metteurs en scène différents. Sam Brown, Tobias Richter et David Pountney sont ainsi réunis dans un même espace scénique imaginé par Ralph Koltaï.

Sam Brown ouvre la danse avec Le Barbier de Séville de Rossini. Dans cette première partie, le public fait la connaissance des deux couples, le Comte Almaviva et Rosine, Figaro et Suzanne. Dans la pure tradition de la commedia dell’arte, les traits sont exagérés et le comique accentué, afin de permettre l’attachement aux personnages. Après cette exposition, Les Noces de Figaro, mis en musique par Mozart, fait évoluer les relations entre les personnages, selon Tobias Richter qui signe la mise en scène. Directeur du Welsh National Opera, David Pountney a commandé à la compositrice Elena Langer Figaro Gets A Divorce, une suite adaptée d’un roman de Beaumarchais et d’une pièce de Odon von Horváth. Il conclut ainsi l’arc narratif consacré au personnage et à l’univers de Figaro.

Tobias Richter, qui présente au Grand Théâtre son avant-dernière saison en tant que directeur et son premier opéra en tant que metteur en scène, nous explique la genèse de cette trilogie.

 

Comment est née cette collaboration avec le Welsh National Opera?

Je connais David Pountney depuis longtemps, et nous avons toujours songé à monter un projet ensemble. Beaumarchais nous a inspiré, plus précisément son roman de la famille Almaviva, la célèbre trilogie composée du Barbier de Séville ou la précaution inutile, Le Mariage de Figaro ou la folle journée, L’autre Tartuffe ou La mère coupable. De là nous est venue l’idée de créer une trilogie lyrique dans un seul espace scénique, à Cardiff puis à Genève.

 

Vous avez en effet présenté ce projet à Cardiff, l’avez-vous adapté au public genevois?

A l’Opéra des Nations, nous allons présenter ces œuvres trois soirs de suite, ce qui est une première, car le Welsh National Opera avait réparti la trilogie sur l’ensemble de la saison. Nous avons voulu faire un pas de plus, ce qui représente un formidable défi pour nos équipes, que je tiens à féliciter. Par ailleurs, j’ai voulu que la langue originale soit retenue pour Genève, à savoir l’italien pour Le Barbier de Séville et Les Noces de Figaro. Les récitatifs sont riches en jeux de mots et déploient un rythme soutenu, il est donc important que le public genevois retrouve cette saveur, raison pour laquelle j’ai veillé à avoir une distribution qui parle parfaitement les langues latines. En effet, à Cardiff, ces deux opéras ont été présentés en anglais, un exercice parfois compliqué.

 

Vous avez contourné la difficulté de l’alternance avec un décor commun aux trois spectacles…

Pour le concept de notre trilogie, nous avons décidé d’un même espace scénique, conçu par le scénographe Ralph Kolta, une véritable légende du théâtre du 20ème siècle! Sur scène, chacun est venu avec son regard, et nous avons appris à travailler ensemble: un processus stimulant et surprenant. Comment lier 3 époques, 3 opéras et 3 styles? Nous avons pu le faire grâce à Ralph Koltaï et son espace abstait.

 

Vous êtes-vous beaucoup concertés avec Sam Brown et David Pountney?

Absolument. Chacun défend son propre langage théâtral; il fallait se mettre d’accord sur une lecture et une interprétation de chaque œuvre, dans un dispositif qui reste abstrait, pour donner un profil très caractéristique à chaque oeuvre. C’est très compliqué d’un point de vue technique, car les éléments qui définissent l’espace sont toujours les mêmes. Ce qui change, ce sont les costumes, les accessoires, les lumières et les éléments scénographiques de base.

 

 

Figaro Gets A Divorce a spécialement été créé pour cette trilogie. Quel message vouliez-vous faire passer?

Le troisième volet existe chez Beaumarchais: L’autre Tartuffe ou la mère coupable, une pièce qui contraste avec les deux premières, assez comiques. Ici on est du côté du drame, avec un personnage particulier, Bégearss, devenu le Major dans Figaro Gets A Divorce. Mais nous trouvions que cela n'allait pas assez loin dans la thématique de la rupture. Nous avons voulu intégrer des éléments de la pièce d’Ödön von Horváth, un texte d’après-guerre, avec toute la mélancolie que cela comporte. Le cycle de Figaro parle de la comédie humaine, les relations entre les personnages sont très contemporaines: la rivalité, la compétition, la conquête… ce sont des situations tout à fait familières et il nous semblait important de rendre le propos plus proche de nous.

 

Que représente Figaro aujourd'hui?

Le texte de Beaumarchais est également d’après-guerre, rédigé au lendemain de la Révolution. Ce sont des rêves brisés, des situations mélancoliques et amères. Quant au personnage de Figaro, il représente une forme de révolte, d'émancipation des classes. Il est aussi la parole des exilés et des trompés.

 

Propos recueillis par Marie-Sophie Péclard

 

Ce spectacle s’inscrit dans le cadre de La Trilogie de Figaro proposée par le Grand Théâtre de Genève. Du 12 au 26 septembre, découvrez Figaro décliné dans toutes ses facettes à l'Opéra des Nations:
Le Barbier de Séville, dans une mise en scène de Sam Brown.
Les Noces de Figaro, dans une mise en scène de Tobias Richter.
Figaro divorce, dans une mise en scène de David Pountney.

Renseignements et réservations au +41.22.322.50.50 ou sur le site du Grand Théâtre www.geneveopera.ch

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