Les musiques actuelles au cœur de l’Alhambra

«La première fois que l’Alhambra a fonctionné, c’était en tant que cinéma. Il fallait donc rendre hommage à cette fonction et la faire perdurer»

 


«C’est une chance d’avoir cette salle qui est une Rolls pour les associations de musiques actuelles», s’enthousiasme Karin Strescher, coordinatrice du nouvel Alhambra qui a rouvert ses portes à Genève l’an passé après une rénovation magistrale. Les associations conventionnées et subventionnées par la ville de Genève, dont les onze structures regroupées sous la faîtière de l’ADUDA (Association des utilisateurs de l’Alhambra), ont la priorité dans le calendrier de programmation, la salle ouvrant aussi ses portes à des entités non locales. Place donc essentiellement à l’éclectisme musical, la marque de fabrique de cette belle maison. On y retrouve entre autres les musiques électroniques avec leur fer de lance, Electron, du rock avec PTR, ou des œuvres contemporaines quand l’Ensemble Contrechamps ou les percussionnistes d’Eklekto y jouent. On se met plutôt à swinger lorsque la FanfareduLoup Orchestra y prend ses quartiers.

 

 

Un lieu pour se produire

«La salle est dévolue aux musiques actuelles dans le sens large du terme, c’est-à-dire qu’elle accueille les structures associatives qui, pour la plupart, n’ont pas de lieu pour se produire. Nombre d’entre elles proposent entre deux et cinq concerts par année», explique Karin Strescher. «C’est par exemple l’endroit de prédilection de La FanfareduLoup Orchestra. Ils aiment jouer ici. Contrechamps apprécie aussi d’avoir une scène de huit mètres sur huit. La formation a ainsi la liberté de fonctionner à plus grande envergure.» D’une capacité d’accueil de 1100 places, l’Alhambra est tenu de se limiter aux 750 sièges réglementaires, comme l’a souhaité la ville. Ses différentes configurations en font un outil apprécié par les formations musicales. Archipel avait par exemple disposé ses pianos au milieu de la salle lors d’un concert cette année, se souvient Karin Strescher.

 

Plus belle salle de l’image animée

Cette salle classée au patrimoine en 1996 a aussi la particularité de célébrer sa fonction première. Ouverte en 1918, l’Alhambra était un cinéma, «la plus belle salle de l’image animée de Suisse», disait-on. «La première fois qu’elle a fonctionné, c’était en tant que cinéma. On a gardé les projecteurs en 35 mm qui ont été remis à neuf. Il fallait donc rendre hommage à cette fonction et la faire perdurer», défend Karin Strescher qui s’est vu confier cette mission par le Magistrat en charge de la culture Sami Kanaan. D’où la double ligne de programmation: parallèlement aux concerts, l’Alhambra accueille les soirées d’ouverture et de clôture de festivals de films locaux (Animatou, Black Movie). «Black Movie a fait une projection à l’aide de ces projecteurs. C’est excitant de voir que cette salle peut reproduire aujourd’hui ce qui faisait l’essence de son activité dans les années 1950», se réjouit Karin Strescher.

 

Les 10 ans de l’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp

Parmi les temps forts de sa saison prochaine, on citera Cat Power à la rentrée, dans le cadre de La Bâtie – l’un des membres de l’Aduda. Suivra Eric Truffaz le 21 septembre. Puis ce sera le tour des festivals comme la Fête de l’olivier, organisée par l’ICAM qui promeut la diversité des cultures arabes. On y découvrira aussi du flamenco ou le tout nouveau Festival Voix de Femmes proposé par les Ateliers d’ethnomusicologie durant une semaine. Autres événements attendus, l’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp et ses grooves exotiques y fêtera ses 10 ans, la FanfareduLoup Orchestra ses 20 ans, conviant pour l’occasion un groupe syrien. Côté «artistes internationaux», les «one shot» seront ceux de la sitariste Anoushka Shankar, Manu Dibango, Maceo Parker, Arno et Emily Loizeau.

 

100 dates, une bonne moyenne

Voilà qui donne un petit avant-goût de la saison jusqu’à l’hiver. «Cette année, on devrait tourner autour de cent dates», poursuit Karin Strescher qui ouvrait sa première programmation en 2015 avec un peu plus de quatre-vingts événements. Un programme dense? D’après ses calculs, l’Alhambra semble se situer dans la moyenne, comparée aux autres salles musicales genevoises comme PTR à l’Usine ou le Casino-Théâtre. Le Victoria Hall, lui, proposerait environ cent vingt rendez-vous, souvent ceux de l’OSR.

 

Pendant du Victoria Hall pour les musiques actuelles

«L’Alhambra est le pendant du Victoria Hall, presque essentiellement dédié à la musique classique vu que Genève ne disposait pas de bonnes salles pour les musiques actuelles», note la coordinatrice. «Tout a été mis en œuvre pour pouvoir y accueillir les musiques électroniques et actuelles. On a maintenant à disposition une vraie salle, sachant que le Palladium tombe en ruine, comme celle du Faubourg», argumente-t-elle. «Les retours du public sont bons. Les seuls bémols ont été constatés au tout début. L’ouverture s’était faite très rapidement avec la Fête de la musique l’an dernier. Elle était équipée du rudiment au niveau acoustique et de l’accueil. On a rajouté depuis des pans d’acoustique sur les balcons, des rideaux et le sol a été solidifié pour éviter les vibrations. Ce départ a été rapide et fougueux mais il nous a en même temps mis dans le bain!» Mandatée pour quatre ans, renouvelables une fois, Karin Strescher a des projets pour la suite. Une idée serait de proposer aux associations de programmer des mini-concerts dans les deux foyers, déjà équipés d’un système sonore. A suivre…

 

Propos recueillis par Cécile Dalla Torre

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