L'OCG célèbre Mozart en musique et en mimes

«Maintenant on va aussi bien voir un opéra au Grand Théâtre qu’un spectacle de hip-hop. Et c’est tant mieux!»

 

Intitulé Mozart en mimes, le premier Concert de soirée de la saison 2017-18 de L’Orchestre de Chambre de Genève se tiendra au Bâtiment des Forces Motrices à Genève le 26 septembre prochain. Le Trio Wanderer s’alliera à l’orchestre genevois pour une œuvre de Beethoven alors que Philippe Cohen et la compagnie Confiture proposerons Pantalon & Colombine, une musique pour pantomime de carnaval de Wolfgang Amadeus Mozart. Accompagné de Guiti Tabrizian et Claudia Lachat, le comédien offrira au public du BFM une performance mimée, en dialogue avec la composition jouée par les musiciens de L’OCG sous la direction d’Arie van Beek. Rencontre avec le comédien et metteur en scène genevois Philippe Cohen.

 

Vous avez déjà collaboré avec L’Orchestre de Chambre de Genève cette année pour la production du Carnaval des Animaux. Avez-vous été recontacté pour ce concert?

Oui. Le Carnaval des Animaux a été une expérience très heureuse et productive, cela a aussi été l’occasion de réunir les artistes musiciens et acteurs, ainsi que les publics. Un orchestre qui nous invite à aller faire du théâtre chez lui, c’est génial. Et le fait d’avoir avec soi le volume, la présence et l’expressivité d’un orchestre est quelque chose d’extraordinaire.

 

Qu'une institution de musique classique comme L'OCG soit ouverte sur les autres arts et promeuve la découverte pour son public, cela répond-il à vos attentes pour la scène culturelle genevoise?

Je dirais que L’OCG, avec sa direction artistique et administrative, est une institution très attentive et ouverte sur le monde. Elle est très créative et propose des projets originaux et des collaborations particulières. Nous, du côté du théâtre, avons aussi cet esprit-là, dans la recherche des choses inattendues, insolites, si possibles inédites. Avec L’OCG, nous nous sommes donc parfaitement trouvés et c’est vraiment très joyeux comme coopération. Il est formidable de pouvoir rapprocher les publics et de leur monter une facette différente de la culture. Ça se fait de plus en plus. Il y a en Suisse romande un public qui connait et a vu beaucoup de choses et qui s’amuse à changer d’espace. Maintenant on va aussi bien voir un opéra au Grand Théâtre qu’un spectacle de hip-hop. Et c’est tant mieux! Ce nombreux public est très documenté et il forme un réservoir artistique très puissant. Notre région est richissime.

 

Parlez-nous de Pantalon & Colombine, la pièce sur laquelle vous aller intervenir avec vos deux partenaires de scène?

Cette pièce est très particulière, car Mozart lui-même l’avait interprétée sur scène comme acteur avec des gens qu’il connaissait. Ils avaient été mis en scène par un maitre de danse italien, selon l’héritage classique de la Commedia dell’arte. Sur la partition figurent des indications de Mozart sur les personnages de base de la Commedia: Pantalon, Colombine, Arlequin et le Docteur. Nous avons raisonné en acteurs ayant pratiqué le masque en utilisant les bases de ce genre de comédie. Et nous avons imaginé l’action scénique en regardant les indications écrites par Mozart, tout en écoutant la musique.

 

Le dialogue entre musique classique et mime est ici voulu par Mozart. En quoi cette association sera intéressante pour le public?

On est habitué à savoir que Mozart était un personnage extrêmement flamboyant, excentrique, génial en même temps; mais saviez-vous que Mozart est lui-même monté sur scène avec d’autres artistes pour jouer les personnages que l’on vous montrera? Je pense que pour le public, c’est très amusant de savoir qu’il s’était livré à ce jeu. Cela a un côté ethnologique qui est pour moi fascinant: Mozart a décrit des actions de comédiens que moi, professeur de mime, je comprends quelques centaines d’années plus tard. C’est enchanteur pour moi de savoir qu’on rejoue des siècles après lui ce qu’il a créé. Il a montré qu’on peut être un compositeur unanimement reconnu tout en s’amusant à prendre un risque, à changer de registre, à aller sur scène et faire le valet masqué pour divertir ses amis.

 

 

Traditionnellement, les acteurs de la Commedia dell’arte s'incarnaient dans des personnages déjà construits et, sur la base d'un rudimentaire scénario, improvisaient leur performance. Y aura-t-il une part d’improvisation le 26 septembre?

Non, il n’y en aura pas du tout. En travaillant avec L’OCG, nous avons la contrainte d’être synchronisés sur la musique, comme des danseurs. Nous avons prévu des actions de comédie masquée très précises. Cela veut dire que toutes nos répétitions sont faites en musique et que d’autres sont encore prévues avec l’orchestre pour que les musiciens puissent observer comment nous procédons et que nous puissions repérer leur cadence exacte et les contrastes donnés par le chef. Si nous avions été compagnons de répétitions pendant des semaines - ce qui aurait été un luxe - improviser avec eux aurait été possible mais ici, nous nous sommes réparti le travail.

 

Quelle est la place restant à l'imagination lorsque l'on joue un personnage aussi bien défini par la tradition que Pantalon ou Arlequin, les deux identités que vous revêtirez?

Je vais en effet jouer Pantalon mais aussi Arlequin, donc j’aurai ma revanche! (rires). (Ndlr: Pantalon est un vieillard avare amoureux de la jeune Colombine mais elle lui préfère Arlequin). En ce qui concerne le jeu, il y a une gestuelle, une caractérisation du personnage que nous respectons. Il y a la tradition qui définit Arlequin comme étant naïf, enfantin, et il y a ce que moi je fais en tant qu’Arlequin, avec mon physique, mon esprit ludique, ma manière de le jouer et mon rythme. À l’image d’un chef d’orchestre qui garde une marge de manœuvre sur la partition - plusieurs allegro et moderato sont par exemple possibles – nous avons aussi notre part d’interprétation en tant que comédiens. Nous avons travaillé le mouvement classifié du personnage et de son caractère dans la Commedia dell’arte, mais on a mille variations possibles.

 

Comment se passe la relation entre mimes sur scène?

C’est très chorégraphique. Le mime, c’est un vrai héritage codifié, déjà en solitaire. Il y a tout un langage que l’on étudie pour savoir comment donner l’illusion d’un espace, d’une matière ou d’une présence. Et quand on a plusieurs mimes en relation, il faut vraiment mettre en scène en pensant au public pour faciliter sa lisibilité. Comme au ballet, on a des séquences: je fais une entrée, je compte les mesures, je m’arrête, je regarde l’autre qui me regarde à son tour et qui agit après.

 

Propos recueillis par Jessica Mondego

 

Mozart en mimes, premier Concert de soirée de la saison 2017/2018 de L’Orchestre de Chambre de Genève, le 26 septembre 2017 au Bâtiment des Forces Motrices à Genève.

Renseignements et réservations au +41.22.807.17.90 ou sur le site de L'OCG www.locg.ch

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